9. De la vanitŽ.

 

„ VanitŽ dՎcrire vainement sur la vanitŽ

JÕai pris une route par laquelle sans cesse et sans travail jÕirai autant quÕil y aura dÕencre et de papier au monde

Tenir registre de ma vie par mes fantaisies

Tant de paroles pour les paroles seules !

ƒcrivaillerie comme sympt™me dÕun sicle dŽbordŽ

Saison des choses vaines quand les dommageables nous pressent

Je dŽdaigne de mÕamender ˆ demi

Je me trouve plus dŽvot en bonne quÕen mauvaise fortune : les prospŽritŽs me servent de discipline et  dÕinstruction comme aux autres les adversitŽs et les verges

 

„ Le plaisir du voyage

Parmi les conditions humaines nous plaire plus aux choses Žtrangres quÕaux n™tres : le dŽsir de voyager

 

1re cause du gožt des voyages : le peu de plaisir pris au mŽnage

Je me dŽtourne volontiers du gouvernement de ma maison ; je me suis mis tard au mŽnage

Voyages ne me blessent que par la dŽpense : plaisir de se promener ne doit corrompre celui de se retirer

Je me dŽrobe aux occasions de me f‰cher ; chose tendre que la vie et aisŽe ˆ troubler

Mon pre aimait ˆ b‰tir Montaigne, garder ses rgles /mon insuffisance qui nÕest pas dŽdain

Nous empchons nos pensŽes et des causes et conduites universelles qui se conduisent trs bien sans nous et laissons en arrire notre fait : et Michel, qui nous touche encore de plus prs que lÕhomme

Souhait de trouver un gendre ˆ qui je puisse dŽposer souverainetŽ sur mes biens

Qui a la garde de ma bourse en voyage lÕa pure et sans contr™le

Je suis chez moi rŽpondant de tout ce qui va mal

Quand je voyage, je nÕai ˆ penser quՈ moi et ˆ lÕemploi de mon argent

Tout soin curieux ˆ lՎgard des richesses sent lÕavarice

 

2nde cause : disconvenance aux mĻurs prŽsentes de notre Žtat : la longue licence des guerres civiles

SociŽtŽ des hommes se tient et se coud ˆ quelque prix que ce soit

NŽcessitŽ compose les hoes et les assemble ; couture fortuite se forme aprs en lois

Forme et commoditŽ essentielle de la police dŽpend de lÕusage

Changement donne seul forme ˆ lÕinjustice et ˆ la tyrannie

Tueurs de CŽsar qui jetrent la chose publique en tel point quÕeurent ˆ se repentir de sÕen tre mlŽs

Conservation des ƒtats est chose qui vraisemblablement surpasse notre intelligence

Les dieux sՎbattent de nous ˆ la pelote

Tout ce qui branle ne tombe pas ; contexture dÕun si grand corps tient ˆ plus dÕun clou

Tout croule autour de nous ; pas de dŽsespoir de fin du monde, Dieu qui purge les ƒtats ?

Ce qui me pse le plus : sympt™mes de notre mal pas seulement naturels mais liŽs ˆ notre dŽrglement

„ lՎcriture des Essais : le fortuit et lÕimprŽmŽditŽ

Craindre la trahison de ma mŽmoire

Je hais ˆ me reconna”tre : ne pas enregistrer la mme chose deux fois

ReprŽsenter des mouvements fortuits et imprŽmŽditŽs

JÕajoute, mais je ne corrige pas. Moi ˆ cette heure et moi tant™t sommes bien deux.

Il ferait beau tre vieil si nous ne marchions que vers lÕamendement

Je ne me mle ni dÕorthographe ni de ponctuation

Inadvertance dÕautrui qui peut rompre le sens ; je redicterais plus volontiers encore autant dÕessais que de mÕassujettir ˆ re-suivre ceux-ci pour cette puŽrile correction

Ma maison a mŽritŽ assez dÕaffection populaire, encore vierge de sang

Mais il me dŽplait que ce soit plus par fortune et par prudence que par justice

Je reois plus volontiers les offices qui sont ˆ vendre : je ne donne que de lÕargent /les autre s : je me donne moi-mme

Je suis dŽlicat dans lÕobservation de mes promesses jusquՈ la superstition

O la nŽcessitŽ me tire, jÕaime ˆ l‰cher la volontŽ

Compter parfois ˆ profit les ingratitudes de ceux avec qui jÕavais devoir dÕamitiŽ : Žpargne de faire par justice ce que je faisais auparavant par affection

En science du bienfait et de la reconnaissance, personne qui soit plus libre et moins endettŽ que moi

JÕessaie ˆ nÕavoir exprs besoin de nul

Je nÕai rien mien que moi et si en est la possession en partie manque et empruntŽe

Donner = qualitŽ ambitieuse /accepter = qualitŽ de soumission

JÕai pris ˆ haine mortelle dՐtre tenu ni ˆ autre ni par autre que moi

Nous nous durcissons ˆ tout ce que nous accoutumons

Guerres civiles ont cela de pire que les autres de nous mettre chacun en Žchauguette de sa propre maison

BontŽ plus belle et attrayante quand elle est rare

 

Quand on me demande raison de mes voyages : je sais ce que je fuis et non ce que je cherche

Je ne me mutine jamais tant contre la France que je ne regarde Paris de bon Ļil

Je ne suis Franais que par cette grande citŽ

Je ne suis gure fŽru de la douceur dÕun air naturel ; connaissances toutes neuves me semblent valoir celles du voisinage

Le voyager me semble un exercice profitable : ‰me y a continuelle exercitation ˆ remarquer choses inconnues et nouvelles

Tout ciel mÕest un ; jÕaime les pluies et les crottes comme les canes

Grandes journŽes dÕune traite ˆ lÕEspagnole

Continuer ˆ voyager mariŽ et vieil : mieux temps dÕabandonner sa maison quand on lÕa mise en train de continuer sans nous

Je requiers dÕabord dÕune femme mariŽe la vertu Žconomique

Ridicule et injuste que lÕoisivetŽ de nos femmes soit entretenue de notre sueur et travail

Interruptions qui me redonnent lÕusage de ma maison plus doux

Si nous ne jouissons que de ce que nous touchons, adieu nos Žcus dans nos coffres ou nos enfants ˆ la chasse

Nous nÕavons pas fait marchŽ en nous mariant de nous tenir continuellement lÕun ˆ lÕautre

En vraie amitiŽ, sŽparation de lieu rendait conjonction de nos volontŽs plus riche

Je me promne pour me promener : ceux qui courent un bŽnŽfice ou un livre ne courent pas

 

Je prŽfrerais mourir hors de ma maison et des miens : + de crve-cĻur que de consolation ˆ prendre congŽ de ses amis

Il faut Žtendre la joie mais retrancher autant quÕon peut la tristesse

„ Publication de mes mĻurs qui mÕoblige ˆ me tenir en ma route

Confession gŽnŽreuse et libre Žnerve le reproche et dŽsarme lÕinjure

Pas beaucoup de mal ˆ mourir loin et ˆ part

Vous apprenez la cruautŽ par force ˆ vos meilleurs amis : durcissant et femmes et enfants par long usage ˆ ne sentir et plaindre vos maux

Ce que je veux faire pour le service de la mort est toujours fait

„ JՎcris mon livre ˆ peu dÕhommes et ˆ peu dÕannŽes

Je ne laisse rien ˆ dŽsirer et deviner de moi

En voyageant, logis o je puisse tre malade et mourir ˆ mon aise

Chercher forme de mourir ŽloignŽe de tout dŽplaisir

 

Je voyage pour mon plaisir : sÕil fait laid ˆ droite je prends ˆ gauche, cÕest toujours mon chemin

Chaque usage a sa raison ; assiettes, cuisine : tout mÕest un

Honte de voir hommes sÕeffaroucher de formes contraires aux leurs

Compagnies fortuites rencontrŽes en chemin ont plus dÕincommoditŽ que de plaisir

Nul plaisir nÕa saveur pour moi sans communication

 

Voyages : inquiŽtude et irrŽsolution : la question de la sagesse

RŽsolution dՐtre sage est lÕouvrage et la production de la sagesse

Je hais les morceaux que la nŽcessitŽ me taille

La vie est un mouvement matŽriel et corporel : action imparfaite de sa propre essence et dŽrŽglŽe : je mÕemploie ˆ la servir selon elle

On nous propose souvent images de vie que nul nÕa espŽrance ni envie de suivre

Il serait ˆ dŽsirer quÕil y eut plus de proportion du commandement ˆ lÕobŽissance : et semble la visŽe injuste ˆ laquelle on ne peut atteindre

LÕhumaine sagesse nÕarriva jamais aux devoirs quÕelle sՎtait prescrits

La vie commune doit avoir confŽrence aux autres vies

Conclure de la suffisance dÕune vie particulire ˆ suffisance dÕune vie publique, cÕest mal conclure

Notre suffisance est dŽtaillŽe ˆ menues pices

On peut regretter meilleurs temps mais non fuir les prŽsents

Entre CŽsar et PompŽe, je me serai dŽclarŽ, entre les 3 voleurs qui vinrent depuis il eut fallu se cacher ou suivre le vent

 

„ Je mՎgare plus par licence que par mŽgarde

Mes fantaisies se suivent mais cÕest parfois de loin et se regardent mais dÕune vue oblique

Les noms de mes chapitres nÕen embrassent pas toujours la matire, souvent ils la dŽnotent seulement par qq marque

JÕaime lÕallure poŽtique ˆ sauts et ˆ gambades

CÕest lÕindiligent lecteur qui perd mon sujet et non pas moi

Faire chapitres plus longs

Obligation particulire ˆ ne dire quՈ demi, ˆ dire confusŽment, ˆ dire discordamment

Faire valoir la vanitŽ mme et lՉnerie si elle mÕapporte du plaisir

 

„ Rome

JÕai eu connaissance des affaires de Rome longtemps avant celles de ma maison

JÕai attaquŽ cent querelles pour la dŽfense de PompŽe et pour la cause de Brutus

Seule ville commune et universelle

Parmi faveurs vaines de la fortune aucune qui ne me plaise autant que bulle authentique de bourgeoisie romaine

Bien aise dՐtre bourgeois  de la ville la plus noble qui fut jamais

 

„ Se regarder soi-mme : lÕoracle de Delphes

Si les autres se regardaient comme je fais ils se trouveraient plein dÕinanitŽ et de fadaise

Chacun regarde les branles du ciel /commandement paradoxe de lÕoracle de Delphes

Sauf toi, homme, chaque chose sՎtudie la premire : tu es le scrutateur sans connaissance, le magistrat sans juridiction et aprs tout le badin de la farce