13. De lÕexpŽrience.

 

¥ ExpŽrience et dŽsir de connaissance

Il nÕest dŽsir plus naturel que le dŽsir de connaissance. 2 moyens : la raison, lÕexpŽrience

ExpŽrience a autant de formes que la raison : aucune qualitŽ si universelle que la diversitŽ et variŽtŽ.

Dissimilitude sÕintgre en nos ouvrages. La ressemblance ne fait pas tant un comme la diffŽrence fait autre.

 

I. LÕexpŽrience dans la lŽgislation

¥ Critique de lÕopinion quÕon peut brider lÕautoritŽ des juges par la multitude des lois : autant de libertŽ et dՎtendue ˆ leur interprŽtation quՈ leur faon. Autant dÕanimositŽ ˆ gloser quՈ inventer

La multiplication de nos inventions nÕarrivera pas ˆ la variation des exemples.

Peu de relations de nos actions qui sont en perpŽtuelle mutation avec des lois fixes et immobiles.  Ë chaque pied son soulier

¥ Commentaires et gloses

En semant les questions et les retaillant, on fait fructifier et foisonner le monde en incertitude et querelles

Tant dÕinterprŽtations dissipent la vŽritŽ et la rompent.

Je trouve ˆ douter en ce que le commentaire nÕa daignŽ toucher ; je bronche plus volontiers en pays plat

Les gloses augmentent les doutes et lÕignorance

Faiblesse particulire qui nous fait contenter de ce que dÕautres ont trouvŽ. Il y a toujours place pour un suivant, oui et pour nous-mmes et route par ailleurs ; nous ne faisons que nous entregloser

Nos opinions sÕentent les unes sur les autres.

¥ De la glose ˆ lÕessai

Combien souvent sottement et ˆ lÕaventure ai-je Žtendu mon livre ˆ parler de soi ?

Notre contestation est verbale ; toutes choses se tiennent par qq similitude, tout exemple cloche

¥ LÕinjustice des lois

Justice comme vrai tŽmoignage de lÕhumaine imbŽcillitŽ ; condamnations plus crimineuses que le crime

Les lois se maintiennent en crŽdit, non parce quÕelles sont justes, mais parce quÕelles sont lois ; quiconque leur obŽit parce quÕelles sont justes, ne leur obŽit pas justement par o il doit

 

II. Le fruit de lÕexpŽrience sert-il ˆ notre institution ?

¥ LÕexpŽrience que nous tirons de nous-mmes

Je mՎtudie plus quÕautre sujet : cÕest ma mŽtaphysique, cÕest ma physique

Je me laisse ignoramment et nŽgligemment manier ˆ la loi gŽnŽrale du monde : ma science ne la fera pas changer

Les inquisitions et contemplations j ne servent que dÕaliment ˆ notre curiositŽ

Le plus simplement se commettre ˆ nature, cÕest sÕy commettre le plus sagement

Ignorance et incuriositŽ ; jÕaimerais mieux mÕentendre bien en moi quÕen CicŽron

De lÕexpŽrience que jÕai de moi, je trouve assez de quoi me faire sage, si jՎtais bon Žcolier

Apprendre quÕon nÕest quÕun sot, utilitŽ des faux pas de ma mŽmoire : quand elle jure, je secoue les oreilles

Sige magistral du jugement : sÕil ne peut rŽformer les autres parties selon soi, ne se laisse-t-il pas difformer ˆ elles

Mon apprentissage nÕa dÕautre fruit que de sentir combien il me reste ˆ apprendre

CÕest par mon expŽrience que jÕaccuse lÕhumaine ignorance

¥ LÕexpŽrience que nous avons des autres

Pour mՐtre ds mon enfance dressŽ ˆ mirer ma vie dans celle dÕautrui, jÕai acquis une complexion studieuse en cela

Les savants dŽnotent leurs fantaisies spŽcifiquement par le menu ; moi prŽsente gŽnŽralement les miennes et ˆ t‰tons

Aimer sainement : entreprendre ˆ blesser et offenser

Il fait besoin des oreilles bien fortes pour sÕou•r franchement juger ; aucune condition plus que celle de roi qui ait besoin de vrais et libres avertissements

 

III. ExpŽrience et  santŽ

¥ Les Essais : interne santŽ et santŽ corporelle

Toute cette fricassŽe que je barbouille ici nÕest quÕun registre des essais de ma vie

ExpŽrience est proprement sur son fumier au sujet de la mŽdecine o la raison lui quitte toute la place.

¥ SantŽ, usage et coutume

JÕai assez vŽcu pour mettre en compte lÕusage qui mÕa conduit si loin

Je ne saurais tre offensŽ par lÕusage des choses que jÕai si longtemps accoutumŽes

CÕest ˆ la coutume de donner forme ˆ notre vie, breuvage de CircŽ qui diversifie notre nature comme bon lui semble

Chaque nation a plusieurs coutumes non seulement inconnues, mais farouches et miraculeuses ˆ qq autre nation

Ceux qui supportent tintamarre/ le moindre bourdonnement de mouche mÕassassine

Les gueux ont leurs magnificences et leurs voluptŽs comme les riches

Effets de la coutume : la meilleure de mes complexions corporelles cÕest dՐtre flexible et peu opini‰tre

La coutume a dŽjˆ sans y penser si bien imprimŽ en moi son caractre en certaines choses que jÕappelle excs de mÕen dŽpartir ; mollesses liŽes ˆ lÕusage, mollesses liŽes ˆ la nature

Les vies publiques se doivent ˆ la cŽrŽmonie, la mienne obscure et privŽe jouit de toute dispense naturelle

¥ SantŽ et mŽdecine

Je hais les remdes qui importunent plus que la maladie

DiversitŽ des arguments et opinions mŽdicinales embrasse toute sorte de formes

        Ex. de la parole : le parler mՎmeut quand je suis malade

                   Les diverses voix : la parole est moitiŽ ˆ celui qui parle, moitiŽ ˆ celui qui lՎcoute

¥ Acceptation de la maladie

Les maux ont leur vie et leurs bornes, leurs maladies et leur santŽ

Il faut apprendre ˆ souffrir ce quÕon ne peut Žviter

Mon esprit dit que cÕest pour mon mieux que jÕai la gravelle

Tu ne meurs pas de ce que tu es malade, tu meurs de ce que tu es vivant

On nÕa point ˆ se plaindre des maladies qui partagent loyalement le temps avec la santŽ

Douleur extrme /recouvrer comme dÕun Žclair la belle lumire de la santŽ ; le pis que je vois aux autres maladies, cÕest quÕelles ne sont pas si grives en leur effet comme elles sont en leur issue

Qui craint de souffrir, il souffre dŽjˆ de ce quÕil craint

 

IV. LÕexpŽrience de la vie mme de Montaigne

¥ son mode de vie : rŽgime corporel

Notre vie nÕest que mouvement, comment je mՎbranle, comment je dors, comment je mÕexerce

Le plaisir de lÕoccupation militaire

Je ne me suis jamais vu galeux

Mon visage me dŽcouvre incontinent

Si le corps se gouvernait autant selon moi que fait lՉme, nous marcherions un peu plus ˆ notre aise

Ne pas me plaindre de mon imagination : peu de pensŽes en ma vie qui aient interrompu le cours de mon sommeil

Je ne choisis gure ˆ table

Nourri enfant un pauvre village š frugalitŽ, austŽritŽ, le rallier au peuple

Longues tables me f‰chent et me nuisent

Vieillesse = vie soustraite par le menu ; cÕest ainsi que je fonds et Žchappe ˆ moi : la dent qui vient de choir

La mort se mle et se confond partout ˆ notre vie

Nourriture : gožts, dŽrober parfois un repas. Vtements. Boisson

Extrme fruit de la santŽ = la voluptŽ

Je crains un air empchŽ et fuis mortellement la fumŽe. LՉpretŽ de lՎtŽ mÕest plus ennemie que celle de lÕhiver

Comment attŽnuer blancheur du papier

Marcher prompt et ferme. IndŽcence de manger gožlument

Jalousie et envie entre nos plaisirs : ils se choquent et empchent lÕun lÕautre

Moi qui ne manie que terre ˆ terre hais cette inhumaine sapience qui nous veut rendre dŽdaigneux de la culture du corps. Embrasser curiositŽs de la vie (ne sont que du vent, mais sommes partout vent et vent aime ˆ sÕagiter)

Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors : actions enjointes pour notre besoin aussi voluptueuses

Jouir des plaisirs naturels, ce nÕest pas rel‰cher son ‰me, cÕest la roidir.

Notre grand et glorieux chef-dÕÏuvre cÕest vivre ˆ propos.

Socrate en extase au milieu de lÕarmŽe grecque

¥ Grandeur de lՉme

Grandeur de lՉme : savoir se ranger et circonscrire

JÕai un dictionnaire tout ˆ part moi : je passe le temps quand il est mauvais, quand il est bon je ne le veux pas passer

JÕordonne ˆ mon ‰me de regarder et la douleur et la voluptŽ de vue pareillement rŽglŽe

JÕaime la vie et la cultive telle quÕil a plu ˆ Dieu nous lÕoctroyer

On a fait tort ˆ ce grand et tout puissant donneur de refuser son don : tout bon, il a fait tout bon

Des opinions de la j jÕembrasse plus volontiers celles qui sont les plus solides c.a.d. les plus humaines et n™tres

Nature est un doux guide, mais non pas plus doux que prudent et juste

MŽnageons le temps, encore nous en reste-t-il bcp dÕoisif et de mal employŽ

Au plus ŽlevŽ tr™ne du monde, nous ne sommes assis que sur notre cul

Les plus belles vies sont celles qui se rangent au modle commun et humain, avec ordre, mais sans miracle et sans extravagance