LA PERSPECTIVE


Perspective en "arête de poisson"



Décoration murale, 1er siècle, Musée de Naples




La construction légitime



Vo = point de fuite ; le point de distance séparant l'œil du tableau doit être égal à VoD







Dürer, Homme représentant une femme couchée, 1525





Dürer, Le Portillon, 1525




Les expériences de Brunelleschi

• 1ère expérience : le baptistère de Santa Maria dei Fiori

Texte de Manetti, traduit par H. Damisch, L'origine de la perspective, Flammarion, 1987, p. 91, 113-114, 135-136.
Cette affaire de la perspective, la première chose en laquelle il la montra fut un petit panneau d'environ une demi-brasse* de côté sur laquelle il fit une peinture à la ressemblance du temple de San Giovanni**, vu de l'extérieur. Et de ce temple, il représenta autant qu'il en est donné à voir à un regard porté sur lui du dehors. Et il semble que pour le représenter, il se soit placé à l'intérieur de la porte centrale de Santa Maria del Fiore, à une distance de quelque trois brasses, la chose étant faite avec tant d'art et de finesse et une telle précision dans les couleurs des marbres blancs et noirs qu'aucun miniaturiste n'aurait pu mieux faire. Et figurant alentour cette partie de la place que perçoit l'œil, à savoir, sur le côté au droit de la Misericordia, jusqu'à la volta et au canto dei Pecori, et du côté de la colonne du miracle de San Zanobi, jusqu'au canto alla Paglia, et autant de ce lieu qu'on en voit de loin. Et pour autant qu'il avait à montrer de ciel, c'est-à-dire pour que les murs peints s'impriment dans l'air, il se servit d'argent bruni de façon que l'air et les cieux naturels s'y reflètent, et de même les nuages que l'on voyait passer dans cet argent poussés par le vent, quand il soufflait.
Cette peinture, comme il faut au peintre présupposer un lieu unique d'où l'on doit voir sa peinture eu égard aussi bien à la hauteur qu'à la largeur et à la distance, de telle façon que ne puissent se produire, à la considérer, les erreurs qui font que de tout lieu qui s'écarte de celui-ci ce qui apparaît à l'œil est modifié, il avait percé un trou dans le panneau sur lequel elle était peinte, qui se situait dans la partie peinte du temple de San Giovanni, en ce lieu où percutait l'œil, au droit de qui regardait depuis ce lieu à l'intérieur de la porte centrale de Santa Maria del Fiore, où il se serait placé s'il l'avait représenté au jugé. Lequel trou était petit comme une lentille du côté qui était peint et de l'autre allait s'élargissant en forme de pyramide, comme fait un chapeau de paille féminin, jusqu'au diamètre d'un ducat ou un peu plus. Et il voulait que l'œil se plaçât à son revers, là où le trou était large, et que celui qui devait y regarder, d'une main le collât contre son œil, et de l'autre tînt, face à la peinture, un miroir plan, de façon que celle-ci s'y réfléchisse ; et cet éloignement du miroir, dans l'autre main, correspondait à peu près en brasses réduites, à la distance en brasses réelles qui allait du lieu où il montrait s'être placé pour le peindre jusqu'au temple de San Giovanni, de telle façon qu'à le regarder, avec toutes les circonstances déjà mentionnées de l'argent bruni et de la place, etc. et du point, il semblait que ce que l'on voyait était le vrai lui-même ; et je l'ai eu en mains et vu plusieurs fois à mon jour, et peux en rendre témoignage.
* brasse florentine = 58 cm
** temple de San Giovanni = le baptistère


                            Le baptistère vu depuis la porte de l'église :                                                        Plan de la vue qu'on a de la porte :


                                                             

                                                                                                                    A : Volta dei Pecori ; B : Canto alla Paglia ; C : Misericordia ; D : Colonne de San Zanobi




L'utilisation de la tavoletta :







• Seconde expérience : le palais de la Signoria

Texte de Manetti :
Il fit en perspective la place du palais de la Signoria de Florence, avec ce qui s'y trouvait, dessus et à l'entour, autant que la vue y pourvoit, en se tenant à l'extérieur de la place ou vraiment au ras de celle-ci, le long de la façade de l'église de San Romolo, passé le canto di Calimala Francesca qui débouche sur cette place, à peu de brasses vers Or San Michele, d'où l'on aperçoit le palais de la Signoria de telle faç   on que deux faces s'en voient tout entières, celle-là tournée vers le ponant et celle-là qui est tournée vers la tramontane. Et c'est une chose merveilleuse à voir que tout ce qui apparaît, tout ensemble, avec toutes les choses qu'appréhende la vue en ce lieu. Fucci, et après lui Paolo Uccello, et d'autres peintres encore ont voulu le contrefaire et l'imiter ; j'en ai vu plus d'un et ce n'était jamais bien comme le sien. On pourrait dire ici : pourquoi n'a-t-il pas fait cette peinture, dès lors qu'elle était en perspective, avec ce même trou pour la vue que dans le petit panneau du temple de San Giovanni ? Ceci vient de ce que le panneau devait être si grand pour qu'on pût y mettre tant de choses distinctes, qu'il était impossible de le tenir avec une main devant le visage, l'autre tenant le miroir, le bras de l'homme n'étant pas assez long pour qu'avec le miroir dans la main on pût le placer face au point à la distance appropriée, ni non plus avec assez de force pour le porter. Il le laissa à la discrétion de qui regarde, comme il en va pour toutes les autres peintures chez les autres peintres, encore que qui regarde ne soit jamais discret. Et au lieu où il avait mis l'argent bruni dans celle de San Giovanni, ici il découpa au-dessus des bâtiments le bois sur lequel il avait peint. Et il le portait avec lui pour regarder là où l'air naturel se montrait au-dessus des bâtiments.




La cité idéale





La Cité idéale, tableau qui après avoir été longtemps attribué à Piero della Francesca est aujourd'hui considéré comme l'œuvre de Francesco di Giorgio Martini, Urbino.




                                  
                                                       Le point de fuite sur la porte du tempietto                                                                  Plan au sol de la Cité iéale
                                                 


Images non génériques et images génériques



           Cube non générique : suivant le point de vue, le cube tridimensionnel                                                                                Cube générique : quel que soit le point de vue adopté, la tridimensionnalité du
               peut être remplacé par un hexagone bidiemnsionnel.                                                                                                             volume reste stable.




Les déformations latérales




L'image rétinienne est concave et non plane ; les trois segments inégaux a, b, et c vus sous trois angles égaux, garderont des longueurs approximativement égales si ils sont projetés sur une surface concave, alors qu'ils resteront inégaux si ils sont projetés sur un plan. Ces déformations sont d'autant plus importantes que l'angle total de vison est plus ouvert ou, ce qui revient au même, qu'est plus petite la distance par rapport à la dimension de l'image.





Perspective plane et perspective angulaire

Perspective plane :



Les grandeurs

visuelles

(HS et JS) sont

inversement

proportionnelles


à l'éloignement

 (AB et AD)






Perspective angulaire :

Les grandeurs visuelles

(β  et  α  + β) ne sont pas

inversement

proportionnelles

à l'éloignement

(2b et b)




                                                                                                                                                  
 


• L'utilisation de la perspective angulaire pour représenter les hauteurs : il faut augmenter les proportions d'une figure se dressant à une grande hauteur de façon à neutraliser le tassement déterminé par la réduction de l'angle visuel. Voir la page sur les perspectives accélérées et ralenties.


     






Hogarth, Fausse perspective, 1754