TL 2011-2012                                                                      Pour le 18 octobre

 

 

2nde explication de texte :

 

Au choix :

 

De mme que dans les villes populeuses, le bien le plus prŽcieux est le terrain ou la place, de mme dans la vie est-ce le temps. Cardan a raison de dire : si nous pouvons, dans de bonnes conditions, faire faire quelque chose par les autres, et que bien entendu nous soyons riches, il nous faut obtenir ˆ nĠimporte quel prix la peine dĠautrui plut™t que de devoir recourir ˆ la n™tre, parce quĠil nĠy a pas dĠautre moyen dĠacheter le temps. Voilˆ la vŽritable utilitŽ de la richesse. On peut considŽrer que les riches vivent plus longtemps que les autres pour peu qu'ils sachent utiliser leur richesse. En effet on Žvalue le temps ˆ partir des ŽvŽnements et surtout ˆ partir de la variŽtŽ des ŽvŽnements qui se sont produits. CĠest pourquoi, pour celui qui a connu en une seule annŽe la mme diversitŽ dĠexpŽriences agrŽables quĠun autre en dix ans, pour lui, une annŽe peut bien en valoir dix. En effet notre sentiment de la vie doit se former au contact des ŽvŽnements qui nous sont arrivŽs plut™t quĠˆ lĠobservation des phŽnomnes extŽrieurs, comme le mouvement du ciel, le dŽcompte des annŽes et le calendrier. Cela revient ˆ dire quĠun homme qui a Ç beaucoup vŽcu È nĠest empchŽ que par le calendrier de croire quĠil a vŽcu plus longtemps quĠautrui. Mais que pourrait le tŽmoignage du calendrier contre notre sentiment ? AssurŽment, si nous sommes sensŽs, il ne diminue en rien notre fŽlicitŽ. CĠest pourquoi on peut considŽrer que ceux qui ont eu une vie brve, mais excellente, ont vŽcu trs longtemps.

Leibniz

 

 

Ç La vie et la mort de Socrate sont l'histoire des rapports difficiles que le philosophe entretient, - quand il n'est pas protŽgŽ par l'immunitŽ littŽraire, - avec les dieux de la CitŽ, c'est-ˆ-dire avec les autres hommes et avec l'absolu figŽ dont ils lui tendent l'image. Si le philosophe Žtait un rŽvoltŽ, il choquerait moins. Car, enfin, chacun sait ˆ part soi que le monde comme il va est inacceptable ; on aime bien que cela soit Žcrit, pour l'honneur de l'humanitŽ, quitte ˆ l'oublier quand on retourne aux affaires. La rŽvolte donc ne dŽpla”t pas. Avec Socrate, c'est autre chose. [É] Il enseigne qu'on doit obŽir ˆ la CitŽ, et lui obŽit le premier jusqu'au bout. Ce qu'on lui reproche n'est pas tant ce qu'il fait, mais la manire, mais le motif. [É] Et de mme quand il justifie la CitŽ, c'est pour des raisons siennes et non pour des raisons d'ƒtat. [É] Quand Socrate refuse de fuir, ce n'est pas qu'il reconnaisse le tribunal, c'est pour mieux le rŽcuser. En fuyant, il deviendrait une ennemi d'Athnes, il rendrait la sentence vraie. En restant, il a gagnŽ, qu'on l'acquitte ou qu'on le condamne, soit qu'il prouve sa philosophie en la faisant accepter par les juges, soit qu'il la prouve encore en acceptant la sentence. Aristote, soixante-seize ans plus tard, dira en s'exilant qu'il n'y a pas de raison de permettre aux AthŽniens un nouveau crime de lse-philosophie. Socrate se fait une autre idŽe de la philosophie : elle n'est pas comme une idole dont il serait le gardien, et qu'il devrait mettre en lieu sžr, elle est dans son rapport vivant avec Athnes, dans sa prŽsence absente, dans son obŽissance sans respect. È

MERLEAU-PONTY

ƒloge de la philosophie, coll. IdŽes, Gallimard, p. 42-44.