Pour le vendredi 25 novembre

 

Spinoza, ƒthique IV.

Proposition 1.

Rien de ce qu'une idŽe fausse a de positif n'est ™tŽ par la prŽsence du vrai, en tant que vrai.

DŽmonstration

La faussetŽ consiste seulement dans la privation de connaissance qu'enveloppent les idŽes inadŽquates (Prop. 35, p. II), et elles n'ont rien de positif ˆ cause de quoi elles sont dites fausses (Prop. 33, p. II) . Mais, au contraire, en tant qu'elles se rapportent ˆ Dieu, elles sont vraies (Prop. 32, p. II). Si donc ce qu'une idŽe fausse a de positif Žtait ™tŽ par la prŽsence du vrai en tant qu'il est vrai, une idŽe vraie serait ™tŽe par elle-mme, ce qui (Prop. 4, p. III) est absurde. Donc rien de ce qu'une idŽe fausse, etc.

Cette Proposition se conna”t plus clairement par le Corollaire 2 de la Proposition I6, Partie II. Car une imagination est une idŽe qui indique plut™t l'Žtat du Corps humain que la nature du corps extŽrieur, non distinctement ˆ la vŽritŽ, mais confusŽment ; par o il arrive que l'Ame est dite errer. Quand par exemple nous regardons le soleil, nous imaginons qu'il est distant de nous d'environ deux cents pieds ; en quoi nous nous trompons aussi longtemps que nous ignorons sa vraie distance ; mais, quand elle est connue, l'erreur certes est ™tŽe, mais non l'imagination, laquelle explique la nature du soleil en tant qu'elle affecte le corps ; et ainsi, bien que connaissant sa vraie distance, nous n'imaginerons pas moins qu'il est proche de nous. Comme nous l'avons dit en effet dans le Scolie de la Proposition 35, Partie II, nous n'imaginons pas le soleil proche parce que nous ignorons sa vraie distance, mais parce que l'Ame conoit la grandeur du soleil d'une faon qui est en rapport avec l'affection venue au Corps de lui. De mme, quand les rayons du soleil, tombant sur la surface de l'eau, par viennent ˆ nos yeux aprs rŽflexion, nous l'imaginons comme s'il Žtait dans l'eau, encore que sachant le lieu o il est vraiment ; et les autres imaginations par o l'Ame est trompŽe, qu'elles indiquent l'Žtat naturel du Corps, ou qu'elles indiquent soit un accroissement, soit une diminution de sa puissance d'agir, ne sont pas contraires au vrai et ne s'Žvanouissent pas par sa prŽsence. Il arrive bien, quand nous avons ˆ faux peur de quelque mal, que la peur s'Žvanouisse ˆ l'ou•e d'une nouvelle vraie ; mais il arrive aussi, en revanche, quand nous avons peur d'un mal dont la venue est certaine, que la peur s'Žvanouisse aussi ˆ l'ou•e d'une nouvelle fausse, et ainsi les imaginations ne s'Žvanouissent pas par la prŽsence du vrai, en tant que vrai, mais parce qu'il s'en offre de plus fortes qui excluent l'existence prŽsente des choses que nous imaginons, comme nous l'avons montrŽ Proposition I7, Partie II.

 

 

1.     Construction du texte

2.     Appliquer ce texte au raisonnement du superstitieux : quĠy a-t-il de positif dans lĠidŽe fausse quĠest la superstition ? ConsŽquences quand on veut critiquer la superstition ?