C'est en attribuant une importance pareille ˆ l'inconscient dans la vie psychique que nous avons dressŽ contre la psychanalyse les plus mŽchants esprits de la critique. Ne vous en Žtonnez pas et ne croyez pas que la rŽsistance qu'on nous oppose tienne ˆ la difficultŽ de concevoir l'inconscient ou ˆ l'inaccessibilitŽ des expŽriences qui s'y rapportent. Dans le cours des sicles, la science ˆ infligŽ ˆ l'Žgo•sme na•f de l'humanitŽ deux graves dŽmentis. La premire fois, ce fut lorsqu'elle a montrŽ que la terre, loin d'tre le centre de l'univers, ne forme qu'une parcelle insignifiante du systme cosmique dont nous pouvons ˆ peine nous reprŽsenter la grandeur. Cette premire dŽmonstration se rattache pour nous au nom de Copernic, bien que la science alexandrine ait dŽjˆ annoncŽ quelque chose de semblable. Le second dŽmenti fut infligŽ ˆ l'humanitŽ par la recherche biologique, lorsqu'elle a rŽduit ˆ rien les prŽtentions de l'homme ˆ une place privilŽgiŽe dans l'ordre de la crŽation, en Žtablissant sa descendance du rgne animal et en montrant l'indestructibilitŽ de sa nature animale. Cette dernire rŽvolution s'est accomplie de nos jours, ˆ la suite des travaux de Ch. Darwin, de Wallace et de leurs prŽdŽcesseurs, travaux qui ont provoquŽ la rŽsistance la plus acharnŽe des contemporains. Un troisime dŽmenti sera infligŽ ˆ la mŽgalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui  se propose de montrer au moi qu'il seulement pas ma”tre de sa propre maison, qu'il en est rŽduit ˆ se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique. Les psychanalystes ne sont ni les premiers ni les seuls qui aient lancŽ cet appel ˆ la modestie et au recueillement, mais c'est ˆ eux que semble Žchoir la mission d'Žtendre cette manire de voir avec le plus d'ardeur et de produire ˆ son appui des matŽriaux empruntŽs ˆ l'expŽrience et accessibles ˆ tous. D'o la levŽe gŽnŽrale de boucliers contre notre science, l'oubli de toutes les rgles de politesse acadŽmique, le dŽcha”nement d'une opposition qui secoue toutes les entraves d'une logique impartiale.

 

Freud, Introduction ˆ la psychanalyse, Žd. Payot, p. 266-267.