(E) [É] Sans prendre la libertŽ de rechercher les raisons que la Sagesse de Dieu peut avoir de permettre dans un temps ce qu'elle ne permet pas dans un autre, l'on peut dire que le Christianisme du XVIe sicle n'a pas eu le droit d'espŽrer la mme faveur et la mme protection de Dieu que le Christianisme des trois premiers sicles. Celui-ci Žtait une Religion bŽnigne, douce, patiente, qui recommandait aux sujets de se soumettre ˆ leurs Souverains et n'aspirait pas ˆ s'Žlever sur les tr™nes par la voie des rŽbellions ; mais le Christianisme qui fut annoncŽ aux Infidles au XVIe sicle n'Žtait plus cela : c'Žtait une Religion sanguinaire, meurtrire, accoutumŽe au carnage depuis cinq ou six cents ans. Elle avait contractŽ une trs longue habitude de se maintenir et de s'agrandir en faisant passer au fil de l'ŽpŽe tout ce qui lui rŽsistait. Les Bžchers, les Bourreaux, le Tribunal effroyable de l'Inquisition, les Croisades, les Bulles qui excitaient les sujets ˆ se rebeller, les PrŽdicateurs sŽditieux, les Conspirations, les Assassinats des Princes Žtaient les moyens ordinaires qu'elle employait contre ceux qui ne se soumettaient pas ˆ ses ordres. Se devait-elle promettre la bŽnŽdiction que le Ciel avait accordŽ ˆ l'ƒglise primitive, ˆ l'ƒvangile de paix, de patience et de douceur ? Le meilleur parti que les Japonais eussent ˆ prendre, Žtait de se convertir au vrai Dieu ; mais n'ayant pas assez de lumires pour renoncer ˆ leur fausse Religion, il ne leur restait que de choisir entre la persŽcution active, et la persŽcution passive, ils ne pouvaient conserver leur ancien Gouvernement, ni leur ancien Culte, qu'en se dŽfaisant des ChrŽtiens. Ceux-ci t™t ou tard eussent ruinŽ l'un aussi bien que l'autre, ils auraient armŽ tous leurs nŽophytes : ils auraient introduit dans le pays le secours et les maximes cruelles des Espagnols ; et ˆ force de tuer et de faire pendre comme en AmŽrique, ils auraient mis sous leur joug tout le Japon. Ainsi, quand on ne considre les choses que selon les vues de la Politique, l'on doit convenir que la persŽcution que les ChrŽtiens ont soufferte en ces pays-lˆ, a ŽtŽ dans l'ordre des moyens que la prudence fait prendre pour prŽvenir le renversement de la Monarchie et le saccagement d'un ƒtat. [É]