CHAPITRE VII. 
LĠENFANT EST PƒCHEUR. 
 

11.       Ayez pitiŽ, mon Dieu! Malheur aux pŽchŽs des hommes! Et cĠest lĠhomme qui parle ainsi, et vous avez pitiŽ de lui, parce que vous lĠavez fait, et non le pŽchŽ qui est en lui. Qui va me rappeler les pŽchŽs de mon enfance? Ç Car personne nĠest pur de pŽchŽs devant vous, pas mme lĠenfant dont la vie sur la terre est dĠun jour (Job XXV, 4). È Qui va me les rappeler, si petit enfant que ce soit, en qui je vois de moi ce dont je nĠai pas souvenance?

Quel Žtait donc mon pŽchŽ dĠalors? Etait-ce de pleurer avidement aprs la mamelle? Or, si je convoitais aujourdĠhui avec cette mme aviditŽ la nourriture de mon ‰ge, ne serais-je pas ridicule et rŽprŽhensible? Je lĠŽtais donc alors. Mais comme je ne pouvais comprendre la rŽprimande, ni lĠusage, ni la raison ne permettaient de me reprendre. Vice rŽel toutefois que ces premires inclinations, car en croissant nous les dŽracinons, et rejetons loin de nous, et je nĠai jamais vu homme de sens, pour retrancher le mauvais, jeter le bon. Etait-il donc bien, vu lĠ‰ge si tendre, de demander en pleurant ce qui ne se pouvait impunŽment donner; de sĠemporter avec violence contre ceux sur qui lĠon nĠa aucun droit, personnes libres, ‰gŽes, pre, mre, gens sages, ne se prtant pas au premier dŽsir; de les frapper, en t‰chant de leur faire tout le mal possible, pour avoir refusŽ une pernicieuse obŽissance?

Ainsi, la faiblesse du corps au premier ‰ge est innocente, lĠ‰me ne lĠest pas. Un enfant que jĠai vu et observŽ Žtait jaloux. Il ne parlait pas encore, et regardait, p‰le et farouche, son frre de lait. Chose connue; les mres et nourrices prŽtendent conjurer ce mal par je ne sais quels enchantements. Mais est-ce innocence dans ce petit tre, abreuvŽ ˆ cette source de lait abondamment ŽpanchŽ de nĠy pas souffrir prs de lui un frre indigent dont ce seul aliment soutient la vie? Et lĠon endure ces dŽfauts avec caresse, non pour tre indiffŽrents ou lŽgers, mais comme devant passer au cours de lĠ‰ge. Vous les tolŽrez alors, plus tard ils vous rŽvoltent.

 

 

CHAPITRE XIII. 
VANITƒ DES FICTIONS POƒTIQUES QUĠIL AIMAIT. 
 

20.       Mais dĠo venait mon aversion pour la langue grecque, exercice de mes premires annŽes? CĠest ce que je ne puis encore pŽnŽtrer. JĠŽtais passionnŽ pour la latine, telle que lĠenseignent, non les premiers ma”tres, mais ceux que lĠon appelle grammairiens; car ces ŽlŽments, o lĠon apprend ˆ lire, Žcrire, compter, ne me donnaient pas moins dĠennuis et de tourments que toutes mes Žtudes grecques. Et dĠo venait ce dŽgožt, sinon du pŽchŽ et de la vanitŽ de la vie? JĠŽtais chair, esprit absent de lui-mme et ne sachant plus y rentrer (Ps. LXXVII, 39). Plus certaines et meilleures Žtaient ces premires leons qui mĠont donnŽ la facultŽ de lire ce qui me tombe sous les yeux, dĠŽcrire ce quĠil me pla”t, que celles o jĠapprenais de force les courses errantes de je ne sais quel EnŽe, oublieux de mes propres erreurs, et gŽmissant sur la mort de Didon, qui se tue par amour, quand je nĠavais pas une larme pour dŽplorer, ™ mon Dieu, ™ ma vie, cette mort de mon ‰me que ces jeux emportaient loin de vous.

Je pŽchais donc enfant, en prŽfŽrant ainsi la vanitŽ ˆ lĠutile; ou plut™t je ha•ssais lĠutile et jĠaimais la vanitŽ. Ç Un et un sont deux, deux et deux quatre, È Žtait pour moi une odieuse chanson; et je ne savais pas de plus (369) beau spectacle quĠun fant™me de cheval de bois rempli dĠhommes armŽs, que lĠincendie de Troie et lĠombre de CrŽuse (EnŽide, II).