Marc Aurèle
Écrits pour lui-même
  Personnages évoqués dans le Livre I

(d'après l'introduction de Pierre Hadot, édition de Marc Aurèle, T. I, Paris, Les Belles Lettres, 1998)




• Le grand-père, M. Annius Verus (I, 1)

A certainement été l’ami de l’empereur Hadrien.

À la mort de son père, le futur empereur Marc-Aurèle fut adopté par son grand-père et il vécut assez longtemps dans la maison de celui-ci près du plais de Latran.

À la mort de sa femme, M. Annius Verus a pris une compagne mais la mort de Verus et l’adoption du futur Marc-Aurèle par Antonin eurent pour résultat que Marc-Aurèle vécut désormais seul avec sa mère, puis avec elle à la cour impériale. Il semble donc considérer que cette compagne de son grand-père introduisit dans la maison des mœurs dissolues, et il remercie les dieux de l’en avoir préservé

Grand-père extrêmement riche et extrêmement puissant ; il possède de nombreuses entreprises de production de briques. Richesse qui permet d’avoir une influence politique.

Carrière d’Annius Verus qui a été une extraordinaire réussite politique : à la fois beau-père de l’empereur Antonin et grand-père de l’empereur Marc-Aurèle

De son grand-père Marc-Aurèle a retenu deux traits dont il est difficile de savoir s’ils étaient affaire de tempérament ou de vertu : bienveillance et absence de colère

À ses yeux, Annius Verus était certainement plus un bonhomme placide (et habile) qu’un sage stoïcien


• Le père, Annius Verus (I, 2)

Il semble qu’il ait été préteur en 124 et soit mort cette année là

Union de la réserve (aidos) et de la virilité : correspond traditionnellement à une certaine représentation de l’homme accompli, sachant mettre en harmonie deux vertus apparemment opposées, mais étroitement liées selon théorie stoïcienne de l’implication mutuelle des vertus : la force et la discrétion.

Voir XI, 18 : c’est une erreur de croire que la colère soit la plus virile, ce qui est le plus humain et le plus viril, c’est au contraire la douceur et la bonté. Pour Marc-Aurèle, la virilité est par ailleurs une vertu typiquement romaine (II, 5 : pense en tant que tu es Romain, un être viril…)


• La mère, Domitia Lucilla (I, 3)

Issue d’une famille dont la fortune, comme celle d’Annius Verus provenait de la production de briques ; en 64 sous Néron, incendie de Rome donne une impulsion prodigieuse à la construction

Couple Annius Verus fils et Domitia Lucilla disposait d’une immense fortune

Morte entre 155 et 161 ; ne vit pas l’élévation de son fils à l’empire

Marc-Aurèle semble avoir éprouvé une forte impression en observant certaines vertus de sa mère

Piété + générosité et frugalité : ces deux dernières vertus sont d’autant plus remarquables que sont pratiquées par une femme richissime.


• L'arrière grand-père, Catilius Severus (I, 4)

Semble être introduit dans le livre I par association d’idées : frugalité de la mère / domaine où on ne doit pas être économe : éducation des enfants ; devoir de dépenser beaucoup = principe de son arrière-grand-père. Pour cela, il ne fallait pas hésiter à payer des leçons de professeurs particuliers, venant à domicile

Quintilien : bienfaits de l’école pour former un orateur : doit s’habituer aux contacts humains, esprit a besoin d’être stimulé et exalté par les rapports avec d’autres ; il n’y aurait pas d’éloquence en ce monde si on s’adressait seulement à un auditeur unique. Avant enseignement de la rhétorique, enseignement du litterator et du grammairien : donné fréquemment à la maison

Catilius Severus très cultivé, peut-être même intéressé par la philosophie


• Le précepteur (I, 5)

Son nom n’est pas mentionné ; a la mission de veiller sans cesse sur la santé et la conduite de celui qui lui est confié ; Galien l’appelle tropheus, mais aussi koitonités = chambellan. Le précepteur de Marc-Aurèle lui donne une première formation morale élémentaire, le détourne de tout engouement désordonné pour les factions du cirque ou les partis des gladiateurs, essaie de former en lui des qualités d’endurance, de frugalité, d’austérité en lui apprenant à travailler de ses mains et à concentrer son activité, donc à ne pas se laisser amollir par le luxe.

Ce précepteur semble avoir été beaucoup aimé par Marc-Aurèle : à sa mort il exprime son chagrin par des larmes ; les serviteurs l’engagèrent à réfréner les marques visibles de son affection ;  l’empereur Antonin aurait alors déclaré : « Laissez le se comporter comme un homme ; car ni la philosophie, ni le pouvoir ne suppriment les sentiments. »


• Diognète (I, 6)

A enseigné la peinture à Marc-Aurèle ; représente aux yeux de Marc-Aurèle nouvelle étape dans son initiation philosophique

Ce n’est pas à cause de ses cours de peinture que Marc-Aurèle éprouve de la reconnaissance pour Diognète, mais pour la découverte de la philosophie qu’il lui a procurée. Il lui a appris le sérieux et l’esprit critique à l’égard des histoires merveilleuses et fantastiques, il l’a détourné des futilités, comme le jeu consistant à frapper des cailles.


• Rusticus (I, 7)

Consul suffect en juillet 133, consul ordinaire en 162, préfet de la ville de 160 à 167 ou 168, membre du conseil de l’empereur : occupe une position de premier plan pendant le règne de Marc-Aurèle. L’Histoire auguste présente ainsi leurs relations : « Il fut surtout le disciple déférent de Junius Rusticus, qui était aussi efficace dans la guerre que dans la paix et très versé dans la doctrine stoïcienne. Il le tenait au courant de toutes ses décisions d’ordre public ou privé et ne manquait jamais de l’embrasser, même avant les préfets du prétoire ; il l’éleva deux fois au consulat et après sa mort, demanda au Sénat de lui dresser des statues. »

Rusticus était un des héritiers de la grande tradition stoïcienne en honneur dans une partie de l’aristocratie romaine ; son grand père, qui était lui-même un philosophe stoïcien, fut condamné à mort par Domitien. Plutarque rapporte à son sujet l’anecdote suivante : « Un jour que je faisais une lecture publique à Rome, le fameux Rusticus, que, par la suite, Domitien fit périr, jaloux qu’il était de sa gloire, se trouvait dans mon auditoire. Au milieu de la conférence, un soldat vint lui remettre un pli de l’empereur. Il se fit un profond silence et je m’interrompis moi-même pour laisser lire Rusticus, mais lui n’en voulut rien faire et ne rompit le cachet que lorsque j’eus terminé et que les auditeurs se furent dispersés : cet incident fit que tous admirèrent la dignité de cet homme. » Cette maîtrise de soi est d’autant plus remarquable que sous l’empereur Domitien un tel pli pouvait contenir un arrêt de mort. Il devait être une des figures les plus célèbres de la résistance stoïcienne à la tyrannie. Sous Néron, en tant que tribun du peuple en 66 il était intervenu pour essayer d’empêcher la condamnation à mort du stoïcien Thrasea. Fut condamné à mort sous Domitien pour avoir écrit non seulement la vie de Caton d’Utique, le stoïcien qui résista à Jules César, mais surtout celle de Thrasea qui s’était opposé à Néron

Aspect extérieur de la philosophie que Diognète lui avait fait aimer / véritable vie philosophie que lui a révélée Rusticus. Dans les Entretiens Épictète s’en prend à ceux qui veulent prendre l’apparence du philosophe — manteau, barbe — mais ignorent essence même de la philosophie IV, 8 : « Quelle est donc la fin de la philosophie ? Est-ce par hasard de porter un manteau ? Non, mais d’avoir une raison droite. »

Rapports entre Marc-Aurèle et Rusticus ne furent pas faciles ; a admiré attitude bienveillante chez son maitre et ami.

C’est aussi grâce à Rusticus que le futur empereur a pu lire les notes prises aux cours d’Épictète qu’il lui communiqua de sa propre bibliothèque. Influence capitale qu’Épictète a exercée sur les stoïciens du II siècle et sur Marc-Aurèle en particulier. Schéma fondamental qui est en quelque sorte la clé des Écrits pour lui-même, correspond exactement au schéma fondamental qui domine les Entretiens.


• Apollonius de Chalcédoine (I, 8)

Apollonius et Sextus évoqués après Rusticus : ce ne sont plus des hommes d’État, mais des professeurs donnant un enseignement public

Apollonius refusa d’aller donner ses leçons à domicile dans la maison de Tibère sur le Palatin où habitait Marc-Aurèle : ce n’est pas le maitre qui doit venir vers l’élève, mais l’élève qui doit aller chez le maitre

Antonin constate avec humour : « il avait été plus facile pour Apollonius de venir de Chalcis à Rome que de chez lui au palais. »

Marc-Aurèle énumère un certain nombre de vertus que lui a révélées Apollonius, toutefois rien ne prouve que toutes ces vertus aient été pratiquées par Apollonius lui-même, mais il est possible qu’elles aient fait l’objet de certaines de ses leçons. Marc-Aurèle insiste sur le fait qu’il a vu « sur un modèle vivant » que l’on pouvait être à la fois tendu et détendu, énergique et doux, et qu’il a vu un homme modeste, presque inconscient de ses qualités professorales

Pas possible de savoir s’il y avait des différences entre le stoïcisme de Rusticus et celui d’Apollonius.


• Sextus de Chéronée (I, 9)

Philosophe stoïcien, neveu de Plutarque. Marc-Aurèle avait beaucoup d’enthousiasme pour lui et fréquentait assidument sa maison. Lucius qui croise Marc-Aurèle lui demande où il va et dans quel but ; réponse :  « Apprendre est une bonne chose, répondit Marc, pour quelqu’un qui commence à vieillir. Je vais chez le philosophe Sextus apprendre ce que je ne sais pas. » Lucius : « Oh Zeus ! L’empereur des Romains vieillissant pend à son cou ses tablettes pour aller à l’école, alors qu’Alexandre, mon roi, mourut à trente-deux ans ! »

Ne pas le confondre avec Sextus Empiricus

Grâce à Sextus, nous dit l’empereur, il a eu la notion de ce qu’est la vie selon la nature ; + fait l’éloge de l’art qu’avait Sextus de faire découvrir, puis de disposer en bon ordre, d’une manière exhaustive et méthodique, les principes fondamentaux nécessaires à la vie


• Alexandre le grammairien (I, 10)

Partisan de l’atticisme et de l’archaïsme

Marc-Aurèle très sensible à discrétion et douceur : délicatesse et habileté avec lesquelles il savait corriger les fautes de ses élèves


• Fronton (I, 11)

Rhetor, mais comme Alexandre le grammairien, il est mentionné pour de tout autres motifs que sa spécialité

Marc-Aurèle retient deux choses de ce qu’il a appris de lui :

1. Description des conséquences désastreuses de la tyrannie, et notamment dissimulation et hypocrisie qu’elle engendre

2. Critique de l’aristocratie romaine qui ignore totalement la philostorgia

Devient (alors que suivant normes romaines n’a aucune chance) consul en 143, sous règne d’Antonin, certainement parce que rôle de professeur de Marc-Aurèle

Pas seulement celui qui dirige études de rhétorique, mais confident de la famille et grand ami

Ne mentionne pas dans texte ce qui l’avait enthousiasmé dans sa jeunesse = volonté de Fronton de dire toujours le vrai : a évolué et découverte de la pratique de la philosophie lui a révélé vanité et futilité de tous ces enthousiasmes juvéniles


• Alexandre le platonicien (I, 12)

Lui a appris à ne pas prendre prétexte d’affaires pressantes pour ne pas répondre aux lettres

Pourquoi l’appeler platonicien ? à la fois sophiste et philosophe platonicien ? (supposition qui n’est pas à exclure)

Surnom de Platon d’argile : y voir une allusion à Prométhée : comparaison injurieuse, y voir ce qu’il n’était pas, un Prométhée

Petit écrit de Lucien : À quelqu’un qui lui avait dit : Tu es un Prométhée dans tes discours : « Si c’est parce que mes ouvrages sont aussi d’argile, j’admets l’allusion et j’avoue que je lui ressemble. Je ne refuse pas de passer pour un potier […] Mais si c’est pour exalter l’artifice de mes discours que tu les décores du nom du plus sage des Titans, prends garde qu’on ne voie une ironie, une raillerie à la manière attique, cachée sous ta louange. […] Ce sont les avocats que l’on peut appeler les vrais Prométhées, car leurs œuvres sont vivantes, et d’ailleurs ces vrais Prométhées ne pétrissent pas de l’argile mais de l’or. »

Marc-Aurèle pas insensible à cette éloquence d’apparat, comme en témoigne choix d’Alexandre comme secrétaire, malgré plaisanterie qu’avait faite Antonin sur le soin excessif qu’Alexandre apportait à son corps.


• Cinna Catulus (I, 13)

On ne le connaît que par Marc-Aurèle et par l’Histoire auguste

De son contact avec lui, Marc-Aurèle n’a retenu que trois choses : ne pas négliger les remontrances de ses amis, parler de ses maitres avec chaleur, aimer vraiment ses enfants.


• Claudius Severus (I, 14)

Sans doute Claudius Severus Arabianus, qui a donné cours de philosophie péripatéticienne

Pour Marc-Aurèle, souvenir de Severus = un certain nombre de vertus pratiquées par ce philosophe, comme amour de la famille, bienfaisance, fidélité et franchise


• Claudius Maximus (I, 15)

Sénateur. Semble avoir été un philosophe stoïcien, semble avoir été lié intimement à la famille impériale

Marc-Aurèle a dû le rencontrer assez fréquemment dans les années pendant lesquelles il devait vivre à Rome


• Antonin (I, 16)

Personnalité d’Antonin si importante pour Marc-Aurèle qu’il n’hésite pas à se proclamer son disciple, et l’on voit par la longueur de la notice qu’il lui consacre que la figure du père adoptif est celle qui éveille en lui le plus de souvenirs.

Antonin né le 19 septembre 86, adopté par Hadrien et élevé au rang de César le 25 février 138, à ce moment adopte lui même le futur Marc-Aurèle et le futur Lucius Verus ; à la mort d’Hadrien devint empereur sous le nom d’Antoninus Pius, le 10 juillet 138 ; meurt en 161 ; élève Marc-Aurèle au rang de César en 139.


• Lucius Verus (I, 17, 6)

Adopté par Antonin en même temps que Marc-Aurèle le 25 février 138.

Marc-Aurèle remercie les dieux de lui avoir donné un tel frère qui par son caractère pouvait l’inciter à prendre souci de lui-même et qui, en même temps, le rendait heureux par sa déférence et son affection

Personnalité de Lucius Verus difficile à cerner, les rapports entre les deux empereurs sont loin d’être totalement transparents

Traits qui pouvaient s’accorder avec mentalité de Marc-Aurèle : affection, clémence, bonté, innocence, franchise et simplicité ; a dû avoir de la déférence pour Marc-Aurèle

Mais chez Marc-Aurèle qualités physiques réduites et qualités intellectuelles très développées / Lucius est un homme jeune, au corps plein de force et mieux armé pour les entreprises militaires

Marc-Aurèle déteste les jeux de cirque qui sont adorés par Lucius ; mange à peine, mauvaise santé + rigueur philosophique / Luciius qui a trop banqueté pense mourir d’indigestion

Si bien des traits de caractère devaient irriter intérieurement Marc-Aurèle et divergences sur la conduite des affaires devait avoir des conséquences fâcheuses pour l’empire, il faut admettre sa sincérité : texte pour lui-même, rien ne l’oblige à avoir une attitude officielle

Passage énigmatique : par son caractère Lucius pouvait l’inciter à prendre souci de lui-même : 2 interprétations :

Caractère de Lucius était un avertissement pour l’empereur : pour un stoïcien, le mauvais exemple est l’occasion de s’exercer et donc de progresser spirituellement

Fait allusion à cette simplicitas qui était chez Lucius un trait spécifique de son caractère : Histoire auguste : « L’empereur Antonin aimait la spontanéité de son caractère et la simplicité de son attitude et il conseillait même à son frère de l’imiter. »


• Faustina (I, 17, 18)

A eu des enfants de 147 à 170, sans doute de 17 à 40 ans. Assurer la continuité de la dynastie de manière héréditaire

Très courageuse, s’est rendue au front et a partagé vie de l’empereur et de ses soldats : titre de Mater castrorum ; garde ce titre après sa mort, statue cultuelle de Faustina divinisée continue à être présente dans les camps militaires : signe précurseur de cette coloration religieuse de la monarchie qui imprimera son empreinte sur le III siècle par l’intermédiaire de Commode et de Septime Sévère

Plein de ragots sur sa conduite, sur ses amants etc. Pour l’histoire, seule chose importante est le fait que Marc-Aurèle n’a manifestement vu aucune raison de répudier sa femme et de ne pas reconnaître les enfants de celle-ci comme les siens.

Portrait d’elle par Marc-Aurèle comme dépourvue d’artifice : diffère profondément de celui qui est dressé par la plupart des historiens anciens et modernes.