GalilŽe, Le messager des Žtoiles.

Seuil, p. 163-165.

 

Voilˆ les observations des quatre plantes mŽdicŽennes, rŽcemment et pour la premire fois dŽcouvertes par moi. Ë partir de ces observations, bien qu'il n'ait pas encore ŽtŽ possible de calculer les pŽriodes des Plantes, on peut ˆ tout le moins Žnoncer quelques affirmations dignes d'attention. Et d'abord, puisque selon des intervalles semblables tant™t elles suivent, tant™t elles prŽcdent Jupiter, puisqu'elles ne s'Žloignent de lui, aussi bien vers le levant que vers le couchant, que selon des Žcarts trs Žtroits, et puisqu'elles l'accompagnent pareillement dans son mouvement rŽtrograde et dans son mouvement direct, personne ne peut douter qu'elles ne dŽcrivent autour de lui leurs propres rŽvolutions, tout en accomplissant, pendant ce temps, toutes ensemble un mouvement giratoire en douze ans autour du centre du monde. De plus, elles tournent en cercles inŽgaux : cela ressort clairement du fait qu'il n'est jamais possible de voir deux Plantes rŽunies lors des Žloignements les plus grands par rapport ˆ Jupiter, alors que, lorsqu'elles sont proches de Jupiter, deux, trois, et parfois toutes les Plantes sont regroupŽes en mme temps. On peut saisir, en outre, que les rŽvolutions des Plantes qui dŽcrivent des cercles plus petits autour de Jupiter sont plus rapides : en effet, les ƒtoiles les plus rapprochŽes de Jupiter s'offrent plus souvent au regard ˆ l'Orient quand le jour prŽcŽdent elles Žtaient apparues ˆ l'Occident, et vice versa. Mais la Plante qui parcourt l'orbe le plus grand semble, ˆ qui Žvalue soigneusement les retours notŽs ci-dessus, avoir des cycles bimensuels. En outre, nous tenons un argument excellent et lumineux pour ™ter tout scrupule ˆ ceux qui, tout en acceptant tranquillement la rŽvolution des Plantes autour du Soleil dans le Systme copernicien, sont tellement perturbŽs par le tour que fait la seule Lune autour de la Terre — tandis que ces Plantes accomplissent toutes deux une rŽvolution annuelle autour du Soleil —, qu'ils jugent que cette organisation du monde doit tre rejetŽe comme une impossibilitŽ. Maintenant, en effet, nous n'avons plus une seule Plante tournant autour d'une autre pendant que toutes deux parcourent un grand orbe autour du Soleil, mais notre perception nous offre quatre ƒtoiles errantes, tournant autour de Jupiter, comme la Lune le fait autour de la Terre, tandis que toutes poursuivent ensemble avec Jupiter, en l'espace de douze ans, un grand orbe autour du Soleil. Il ne faut cependant pas passer sous silence la raison pour laquelle il arrive que les Astres MŽdicŽens, alors qu'ils accomplissent de trs petites rotations autour de Jupiter, paraissent parfois plus de deux fois plus grands. Nous ne pouvons nullement chercher la cause dans les vapeurs terrestres, car les ƒtoiles apparaissent agrandies ou diminuŽes alors que, visiblement, la masse de Jupiter et des Fixes les plus proches n'est en rien modifiŽe. Que, d'autre part, ces ƒtoiles s'approchent et s'Žloignent tellement de la Terre au moment du pŽrigŽe ou de l'apogŽe de leur rŽvolution, qu'elles procurent la cause d'un tel changement, cela semble tout ˆ fait inconcevable ; une Žtroite rotation circulaire ne peut en aucune faon produire cela et un mouvement ovale (qui, dans ce cas, serait presque droit) semble tre ˆ la fois inconcevable et en aucune manire compatible avec les apparences. Ce qui me vient ˆ l'esprit en cette matire, je l'expose volontiers et je l'offre au jugement et ˆ la critique de ceux qui raisonnent bien. Il est certain que, par l'interposition des vapeurs terrestres, le Soleil et la Lune apparaissent plus grands, mais les Fixes et les Plantes plus petites. C'est pourquoi les Luminaires semblent plus grands prs de l'horizon, tandis que les ƒtoiles, plus petites et le plus souvent peu visibles, sont encore plus diminuŽes si ces mmes vapeurs sont baignŽes de lumire. Pour cette raison, les ƒtoiles apparaissent toutes grles durant le jour et au crŽpuscule, contrairement ˆ la Lune, comme nous en avons dŽjˆ averti plus haut. Il est certain, de plus, que non seulement la Terre, mais Žgalement la Lune possde son propre orbe vaporeux rŽpandu autour d'elle, soit ˆ cause de ce que nous avons dit plus haut, soit, surtout, ˆ cause de ce qui sera dŽveloppŽ plus longuement dans notre Systme. Mais nous pouvons aussi porter ˆ bon droit le mme jugement sur les autres Plantes, si bien qu'il ne para”t nullement inconcevable de poser un orbe plus dense que le reste de l'Žther autour de Jupiter ; autour de lui, comme la Lune autour de la sphre des ŽlŽments, tournent les Plantes MƒDICƒENNES, et en raison de l'interposition de cet orbe, lorsqu'elles sont ˆ l'apogŽe, elles apparaissent plus petites, tandis qu'au pŽrigŽe, ˆ cause de la disparition ou de l'attŽnuation de ce mme orbe, elles apparaissent plus grandes. Le manque de temps m'empche d'aller plus avant. Que le Lecteur bienveillant attende plus sur ces matires dans peu de temps.