Marx
Critique du droit politique hégélien
extraits du commentaire du § 279 des Principes de la philosophie du droit




Si Hegel avait procédé à partir des sujets réels en tant qu'ils sont les bases de l'État, il ne se serait pas trouvé dans l'obligation de faire en sorte, de façon mystique, que l'État se subjectivise ainsi. « Or », dit Hegel, « la subjectivité n'est en sa vérité que si elle est sujet, la personnalité que si elle est personne. » Cela aussi est une mystification. La subjectivité est une détermination du sujet, la personnalité une détermination de la personne. Or au lieu de les saisir comme des prédicats de leurs sujets, Hegel réalise la subsistance autonome des prédicats et les fait après coup, sur un mode mystique, se métamorphoser en leurs sujets.

L'existence des prédicats est le sujet : le sujet est donc l'existence de la subjectivité, etc. Hegel réalise la subsistance autonome des prédicats et des objets, mais il le fait en les séparant de leur subsistance autonome réelle, en les séparant de leur sujet. Après quoi le sujet réel apparaît alors à titre de résultat alors que ce qu'il faut c'est partir du sujet réel et considérer son objectivation. De là vient que la substance mystique devient sujet réel et que le sujet réel apparaît en tant qu'un autre, en tant qu'un moment de la substance mystique. C'est précisément parce que Hegel part des prédicats de la détermination universelle au lieu de partir de l'ens (upokeimenon, sujet) réel et qu'il faut bien cependant qu'un porteur soit là pour cette détermination, que l'Idée mystique devient ce porteur. C'est cela le dualisme : que Hegel ne considère pas l'universel comme l'essence réelle du réel-fini, c'est-à-dire de l'existant, du déterminé, ou qu'il ne considère pas l'ens réel comme le sujet vrai de l'infini.

C'est ainsi que la souveraineté, l'essence de l'État, est tout d'abord ici considérée comme une essence autonome, que Hegel en fait un objet. On comprend alors que cet objectif doive nécessairement devenir à nouveau sujet. Mais ce sujet apparaît alors comme une auto-incarnation de la souveraineté alors que la souveraineté n'est rien d'autre que l'esprit objectivé des sujets de l'État.

[…]

 

L’homme commun.

Hegel.

2. Le monarque a le pouvoir souverain, la souveraineté.

2. La souveraineté de l'État est 1e monarque.

3. La souveraineté fait ce qu'elle veut.

3. La souveraineté est « l'autodétermination abstraite et pour autant sans fond de la volonté en laquelle réside l'ultime de la décision ».

 

Tous les attributs du monarque constitutionnel dans l'Europe d'aujourd'hui, Hegel les transforme en autodéterminations absolues de la volonté. Il ne dit pas : la volonté du monarque est la dernière décision, mais au contraire : la dernière décision de la volonté est le monarque. La première proposition est empirique. La seconde distord le fait empirique en un axiome métaphysique.

Hegel entrelace les deux sujets, la souveraineté « sous les espèces de la subjectivité certaine de soi-même » et la souveraineté « sous les espèces de l'autodétermination sans fond de la volonté, de la volonté individuelle », pour construire à partir de là l'« Idée » comme « Un Individu ».

Il s'entend que la subjectivité certaine de soi doit nécessairement vouloir aussi de manière réelle, vouloir aussi à titre d'unité, d'individu. Mais qui a jamais mis en doute que l'État agit à travers des individus. Si Hegel voulait développer que l'État devait nécessairement avoir Un individu comme représentant de son unité individuelle, il n'avait pas à sortir le monarque. Comme résultat positif de ce paragraphe, nous ne retenons que ceci :

Le monarque est dans l'État le moment de la volonté individuelle, de l'autodétermination sans fond, de l'arbitraire.