LE DÉSERT
ET LA GRÂCE





La question de la grâce : liberté humaine et omnipotence divine


• Pascal, Écrits sur la grâce
Premier écrit
    Dieu a envoyé Jésus-Christ pour sauver absolument et par des moyens très efficaces ceux qu'il a choisis et prédestinés de cette masse, qu'il n'y a que ceux-là à qui il ait voulu absolument mériter le salut par sa mort, et qu'il n'a pas eu cette même volonté pour le salut des autres qui n'ont pas été délivrés de cette perdition universelle et juste.
    Que néanmoins quelques-uns de ceux qui ne sont pas prédestinés ne laissent pas d'être appelés pour le bien des élus, et ainsi de participer à la Rédemption de Jésus-Christ. Que c'est la faute de ces personnes de ce qu'ils ne persévèrent pas; qu'ils le pourraient, s'ils le voulaient, mais que n'étant pas du nombre des élus, Dieu ne leur donne pas ces grâces efficaces sans lesquelles ils ne le veulent jamais en effet. Et partant qu'il y a trois sortes d’hommes : les uns qui ne viennent jamais à la foi; les autres qui y viennent et qui, ne persévérant pas, meurent dans le péché mortel; et les derniers qui viennent à la foi et y persévèrent dans la charité jusqu'à la mort.  Jésus-Christ n'a point eu de volonté absolue que les premiers reçussent aucune grâce par sa mort, puisqu’ils n'en  ont point en effet reçu.
    Il a voulu racheter les seconds; il leur a donné des grâces qui les eussent conduits au salut, s'ils en eussent bien usé, mais il ne leur a pas voulu donner cette grâce singulière de la persévérance, sans laquelle on n'en use jamais bien.
    Mais, pour les derniers, Jésus-Christ a voulu absolument leur salut, et il les y conduit par des moyens certains et infaillibles.
    Que tous les hommes  du monde  sont obligés de croire, mais d'une créance mêlée de crainte et qui n’est pas accompagnée de certitude, qu'ils sont de ce petit nombre d'élus que Jésus -Christ veut sauver, et de ne juger jamais d'aucun des hommes qui vivent sur la terre quelque méchants et impies qu'ils soient, tant qu'il leur reste un moment de vie, qu'ils ne sont pas du nombre des prédestinés, laissant dans le secret impénétrable  de Dieu le discernement des élus d'avec les réprouvés. Ce qui les oblige de faire pour eux ce qui peut contribuer à leur salut.
Voilà leur sentiment, suivant lequel on voit que  Dieu a une volonté absolue de sauver ceux qui sont sauvés, et une volonté conditionnelle et par prévision de damner les damnés; et que le salut provient de la volonté de Dieu, et la damnation de la volonté des hommes.


Troisième écrit
    Reconnaissez donc franchement la grandeur de ce mystère; pourquoi l'un persévère et non pas l'autre. Car, pour le regarder dans toute sa profondeur, vous concevez bien que si Dieu avait voulu damner tous les hommes, il aurait exercé sa justice, mais sans mystère. S’il avait voulu sauver effectivement tous les hommes, il aurait exercé sa miséricorde, mais sans mystère. Et en ce qu'il a voulu en sauver les uns, et non pas les autres, il a exercé sa miséricorde et sa justice; et en cela il n'y a point encore de mystère. Mais en ce que, tous étant également coupables, il a voulu sauver ceux-ci et non pas ceux-là, c'est en cela proprement qu'est la grandeur du mystère. Et partant, si le mystère est grand en ce que de deux également coupables, il sauve celui-ci, et non celui-là, sans aucune vue de leurs œuvres, certainement saint Augustin a raison de dire que le mystère est encore plus étonnant pourquoi de deux justes il donne persévérance à l'un et non pas à l'autre.
    Car il ne semble pas si étrange qu'il refuse sa grâce à un coupable comme qu'il refuse de la continuer à un juste, puisque dans l'un il y a des démérites qui attirent l'exclusion de la grâce et que dans l'autre on n’y en trouve point.
    Mais cet étonnement cessera, si l'on considère que Dieu ne doit à l'homme juste que la même grâce qu’il devait à Adam juste, et que pourvu qu'il lui donne le secours qui était suffisant à sa première condition, rien ne doit l'engager à lui donner tout ce qui lui est nécessaire dans la corruption où il s'est précipité. Or je ne fais point de doute que Dieu ne donne toujours à tous les justes des forces bien plus puissantes que celles d'Adam, et si puissantes qu'on voudra, pourvu qu’on accorde que quelquefois elles ne sont pas assez grandes pour donner pouvoir prochain.
    Que si ce secours est maintenant aussi peu utile aux hommes que l'absence de tout secours, c'est par le péché qu'ils ont commis en Adam que cette impuissance leur est arrivée. Et par conséquent Dieu n'étant plus obligé de donner ces secours maintenant, nul n'a sujet de se plaindre, s'il ne les reçoit pas.



• Encyclopédie
, article "Grâce"
    La grâce, son, opération, sa nécessité, son accord avec la liberté de l'homme, étant des mystères incompréhensibles à notre faible raison, il n'est pas étonnant qu'il y ait eu sur tous ces points des opinions opposées […] La dispute entre les défenseurs de ces différentes opinions roule principalement sur la nécessité et l'efficacité de la grâce. […]
    Les vérités catholiques sur cette matière, sont 1°. qu'il y a des grâces efficaces par lesquelles Dieu sait triompher de la résistance du cœur humain, sans préjudice de la liberté: 2°. qu'il y a des grâces suffisantes auxquelles l'homme résiste quelquefois.
    Mais on dispute fortement sur la question d'où naît l'efficacité de la grâce; est - ce du consentement de la volonté, ou bien est - elle efficace par elle - même? c'est à ces deux opinions qu'il faut réduire la multitude de celles qui partagent les Théologiens. […]
    Toutes ces opinions se réduisent, comme nous l'avons dit plus haut, à deux systèmes diamétralement opposes, dont l'un favorise le libre arbitre et l'autre la puissance de Dieu; et dans chacune de ces deux classes en particulier, les opinions ne sont séparées souvent que par des nuances légères et presque imperceptibles .





Les représentations du "désert" dans la peinture




                                                                                                                                                                                                                     Paolo Uccello, La Thébaïde








               
                                                                                                                          Grunewald, Le retable d'Issenheim, Saint Antoine rendant visite à Saint Paul l'ermite








                         
                                                            Bellini, Saint Jérôme dans le désert                                                                                                   Philippe de Champaigne, Saint Jean Baptiste
   
                                                                                                                                                                          








L'abbaye de Port-Royal des Champs au XVIIe siècle






Porterie


Solitude

Cloître


Intérieur de l'église

01- Église.   02- Grand dortoir.   03- Cloître et cimetière.   04- Bâtiment des pensionnaires.   05- Cimetière du dehors.   06- Infirmerie.   07- Moulin.   08- Colombier et grange.   09- Porterie.   10- Cour du dehors.  
11- Logement des hôtes.   12- Fontaine de la Mère Angélique.   13- Jardin de l'Abbesse.   14- Hôtel de Mlle de Vertus.   15- Hôtel de Mme de Longueville.   16- Etang
.   17- Solitude.   18- Canal











                       
                        Philippe de Champaigne, Mère Angélique





La règle de vie à Port-Royal :

2h00    lever puis matines (office du matin). Repos jusqu'à 5h30.
6h00    Prime, office de la première heure.
8h30    Tierce, puis messe du jour.
10h45    Sexte, office de la sixième heure.
11h30    Dîner (à 12h les jours de jeûne).
12h45    Conférence (la "récréation").
14h00    Repos ou lecture ("lectio divina").
14h30    Nones, office de la neuvième heure.
16h00    Vêpres, office du soir.
17h15    Collation (18h les jours de jeûne)
18h30    Complies, dernier office
20h00    Coucher




Ce qu'il reste de l'abbaye aujourd'hui…