Diogène d'Œnoanda
 Inscription murale épicurienne





3. … parvenu maintenant au crépuscule de ma vie, du fait de la vieillesse […] j’ai voulu, afin de ne pas être devancé par la mort, porter secours sans plus tarder à ceux qui sont d’heureuse composition. Si donc il y en avait un seulement ou deux, ou trois, ou quatre, ou cinq, ou six, ou autant que tu veux en plus, cher homme — sans toutefois que leur nombre soit excessif —, qui  soient dans de mauvaises dispositions, même s’il fallait alors un par un les convoquer tous, je ferais ce qui est en mon pouvoir pour leur donner le meilleur conseil. Toutefois, puisque, ainsi que je l’ai dit, la plupart sont collectivement malades, comme en temps de peste, de l’opinion fausse à propos des réalités, et puisqu’ils deviennent de plus en plus nombreux — car, du fait de leur rivalité mutuelle, l’un attrape la maladie par l’autre comme les moutons —, il est également juste de porter secours à ceux qui viendront après nous — car ceux-là sont aussi des nôtres, même s’ils ne sont pas encore nés ; en outre il revient assurément à quelqu’un qui a le sens de l’humanité de secourir les étrangers qui sont venus chez nous. Puisque donc les secours qu’apporte mon traité intéressent le plus grand nombre, j’ai voulu, en me servant de ce portique, offrir à tous les regards les remèdes propices au salut, remèdes dont nous avons nous-mêmes fait l’expérience.


9. … souvent que … et que les apparitions ont une existence véritable, les miroirs justement en témoigneront pour moi. Car, assurément, à ce que je dis, il ne sera rien objecté par le simulacre qui prêtera serment dans les miroirs. Nous ne nous verrions pas nous-mêmes dans ces derniers et il ne se produirait rien … si le flux de simulacres ne rapportait l’image vers nous. Et cela confirme également l’existence de l’émanation, étant donné que chacune des parties est transportée vers l’endroit situé en ligne droite. Ainsi, les simulacres qui s’écoulent des choses, en venant frapper nos yeux, à la fois constituent les causes réelles de notre vision, et dans … Ainsi, grâce aux impacts, l’âme reçoit ce qui est vu par les yeux. Puis, après l’impact des premiers simulacres, notre nature est devenue poreuse, et cela de telle manière que, lors même que les choses que l’on a vues auparavant ne sont plus présentes, des apparitions semblables aux premières sont reçues par la pensée… Ne nous étonnons pas non plus que cela se produise également quand nous dormons, car les simulacres affluent de la même manière à ce moment là aussi. Qu’en est-il ? Lorsque nous dormons, tous les organes sensoriels étant comme paralysés et de nouveau éteints sous l’effet du sommeil, l’âme encore éveillée et incapable de connaitre la situation et la condition dans lesquelles les sens se trouvent alors, mais recevant en elle les simulacres qui peuvent se présenter, adopte à leur propos une opinion invérifiable et fausse, à savoir qu’ils ont, eux aussi, la véritable existence de ce qui a une nature solide. Les moyens de vérifier l’opinion, en effet, sont alors endormis. Or ces moyens ne sont autres, on le sait, que les organes des sens. Car ils demeurent la règle et le critère de la vérité, par rapport à nos rêves.


10. Les apparitions oniriques ne sont donc pas des ombres vides tracées par la pensée comme le croient les stoïciens. Et en effet, s’ils disent qu’elles sont « vides » au sens où elles ont une nature corporelle, mais d’une subtilité extrême et qui ne saurait tomber sous les sens, ils se servent d’une mauvaise expression, puisqu’il faudrait les dire « corporelles » bien qu’elles soient subtiles. Si d’autres part elles sont « vides » au sens où elles ne sont, sous aucun aspect, de nature corporelle — et c’est assurément cela qu’ils veulent dire, plutôt que la première chose — comment le vide pourrait-il être reproduit comme une peinture ? Que sont-elles alors ? Les apparitions ont assurément une composition subtile et qui échappe à notre vision.