ENTRETIEN DE M. PASCAL ET DE M. DE SACI, SUR LA LECTURE D'ƒPICTéTE ET DE MONTAIGNE  

 

 

M. Pascal vint aussi, en ce temps-lˆ, demeurer ˆ Port-Royal-des-Champs. Je ne m'arrte point ˆ dire qui Žtait cet homme, que non seulement toute la France, mais toute l'Europe a admirŽ. Son esprit toujours vif, toujours agissant, Žtait d'une Žtendue, d'une ŽlŽvation, d'une fermetŽ, d'une pŽnŽtration et d'une nettetŽ au-delˆ de ce qu'on peut croire. Il n'y avait point d'homme habile dans les mathŽmatiques qui ne lui cŽd‰t : tŽmoin l'histoire de la roulette fameuse, qui Žtait alors l'entretien de tous les savants. On sait qu'il semblait animer le cuivre et donner de l'esprit ˆ l'airain. Il faisait que de petites roues sans raison, o Žtaient sur chacune les dix premiers chiffres rendaient raison aux personnes les plus raisonnables, et il faisait en quelque sorte parler les machines muettes, pour rŽsoudre en jouant les difficultŽs des nombres qui arrtaient les plus savants : ce qui lui cožta tant d'application et d'effort d'esprit que, pour monter cette machine au point o tout le monde l'admirait, et que j'ai vue de mes yeux, il en eut lui mme la tte dŽmontŽe pendant plus de trois ans. Cet homme admirable, enfin Žtant touchŽ de Dieu, soumit cet esprit si ŽlevŽ au doux joug de JŽsus-Christ, et ce cÏur si noble et si grand embrassa avec humilitŽ la pŽnitence. Il vint ˆ Paris se jeter entre les bras de M. Singlin, rŽsolu de faire tout ce qu'il lui ordonnerait.  

M. Singlin crut, en voyant ce grand gŽnie, qu'il ferait bien de l'envoyer ˆ Port-Royal-des-Champs, o M. Arnauld lui prterait le collet en ce qui regardait les hautes sciences, et o M. de Saci lui apprendrait ˆ les mŽpriser. Il vint donc demeurer ˆ Port-Royal. M. de Saci ne put se dispenser de le voir par honntetŽ, surtout en ayant ŽtŽ priŽ par M. Singlin ; mais les lumires saintes qu'il trouvait dans l'ƒcriture et dans les Pres lui firent espŽrer qu'il ne serait point Žbloui par tout le brillant de M. Pascal qui charmait nŽanmoins et qui enlevait tout le monde.  

Il trouvait en effet tout ce qu'il disait fort juste. Il avouait avec plaisir la force de son esprit et de ses discours. Mais il n'y avait rien de nouveau : tout ce que M. Pascal lui disait de grand, il l'avait vu avant lui dans saint Augustin ; et, faisant justice ˆ tout le monde, il disait:  Ç M. Pascal est extrmement estimable en ce que, n'ayant point lu les Pres de l'ƒglise, il avait de lui-mme, par la pŽnŽtration de son esprit trouvŽ les mmes vŽritŽs qu'ils avaient trouvŽes. Il les trouve surprenantes, disait-il, parce qu'il ne les a vues en aucun endroit ; mais pour nous, nous sommes accoutumŽs ˆ les voir de tous c™tŽs dans nos livres. È Ainsi, ce sage ecclŽsiastique trouvant que les anciens n'avaient pas moins de lumire que les nouveaux, il s'y tenait, et estimait beaucoup M. Pascal de ce qu'il se rencontrait en toutes choses avec saint Augustin.  

La conduite ordinaire de M. de Saci, en entretenant les gens, Žtait de proportionner ses entretiens ˆ ceux ˆ qui il parlait. S'il voyait par exemple M. Champaigne, il parlait avec lui de la peinture. S'il voyait M. Hamon, il l'entretenait de la mŽdecine. S'il voyait le chirurgien du lieu, il le questionnait sur la chirurgie. Ceux qui cultivaient la vigne, ou les arbres, ou les grains, lui disaient tout ce qu'il y fallait observer. Tout lui servait pour passer aussit™t ˆ Dieu et pour y faire passer les autres. Il crut donc devoir mettre M. Pascal sur son fonds, de lui parler des lectures de philosophie dont il s'occupait le plus. Il le mit sur ce sujet aux premiers entretiens qu'ils eurent ensemble. M. Pascal lui dit que ses livres les plus ordinaires avaient ŽtŽ ƒpictte et Montaigne, et il lui fit de grands Žloges de ces deux esprits. M. de Saci, qui avait toujours cru devoir peu lire ces auteurs, pria M. Pascal de lui en parler ˆ fond.  

 Ç ƒpictte, lui dit-il, est un des philosophes du monde qui aient mieux connu les devoirs de l'homme.  Il veut avant toutes choses, qu'il regarde Dieu comme son principal objet ; qu'il soit persuadŽ qu'il gouverne tout avec justice ; qu'il se soumette ˆ lui de bon cÏur, et qu'il le suive volontairement en tout, comme ne faisant rien qu'avec une trs grande sagesse : qu'ainsi, cette disposition arrtera toutes les plaintes et tous les murmures, et prŽparera son esprit ˆ souffrir paisiblement tous les ŽvŽnements les plus f‰cheux. Ne dites jamais, dit-il:  Ç J'ai perdu cela È ; dites plut™t:  Ç Je l'ai rendu. Mon fils est mort, je l'ai rendu. Ma femme est morte, je l'ai rendue. È Ainsi des biens et de tout le reste. Ç  Mais celui qui me l'™te est un mŽchant homme È, dites-vous. De quoi vous mettez-vous en peine, par qui celui qui vous l'a prtŽ vous le redemande ? Pendant qu'il vous en permet l'usage, ayez-en soin comme d'un bien qui appartient ˆ autrui, comme un homme qui fait voyage se regarde dans une h™tellerie. Vous ne devez pas, dit-il, dŽsirer que ces choses qui se font se fassent comme vous le voulez ; mais vous devez vouloir qu'elles se fassent comme elles se font. Souvenez-vous, dit-il ailleurs, que vous tes ici comme un acteur, et que vous jouez le personnage d'une comŽdie, tel qu'il pla”t au ma”tre de vous le donner. S'il vous le donne court, jouez-le court ; s'il vous le donne long, jouez-le long, s'il veut que vous contrefassiez le gueux, vous le devez faire avec toute la na•vetŽ qui vous sera possible ; ainsi du reste. C'est votre fait de jouer bien le personnage qui vous est donnŽ, mais de le choisir, c'est le fait d'un autre. Ayez tous les jours devant les yeux la mort et les maux qui semblent les plus insupportables et jamais vous ne penserez rien de bas, et ne dŽsirerez rien avec excs.  

 Ç Il montre aussi en mille manires ce que doit faire l'homme. Il veut qu'il soit humble, qu'il cache ses bonnes rŽsolutions, surtout dans les commencements, et qu'il les accomplisse en secret : rien ne les ruine davantage que de les produire. Il ne se lasse point de rŽpŽter que toute l'Žtude et le dŽsir de l'homme doit tre de reconna”tre la volontŽ de Dieu et de la suivre.  

 Ç Voilˆ, Monsieur, dit M. Pascal ˆ M. de Saci, les lumires de ce grand esprit qui a si bien connu les devoirs de l'homme. J'ose dire qu'il mŽriterait d'tre adorŽ, s'il avait aussi bien connu son impuissance puisqu'il fallait tre Dieu pour apprendre l'un et l'autre aux hommes. Aussi comme il Žtait terre et cendre, aprs avoir si bien compris ce qu'on doit, voici comment il se perd dans la prŽsomption de ce qu'on peut. Il dit que Dieu a donnŽ ˆ l'homme les moyens de s'acquitter de toutes ses obligations, que ces moyens sont en notre puissance ; qu'il faut chercher la fŽlicitŽ par les choses qui sont en notre pouvoir, puisque Dieu nous les a donnŽes ˆ cette fin ; qu'il faut voir ce qu'il y a en nous de libre ; que les biens, la vie, l'estime ne sont pas en notre puissance, et ne mnent donc pas ˆ Dieu, mais que l'esprit ne peut tre forcŽ de croire ce qu'il sait tre faux, ni la volontŽ d'aimer ce qu'elle sait qui la rend malheureuse ; que ces deux puissances sont donc libres, et que c'est par elles que nous pouvons nous rendre parfaits ; que l'homme peut par ces puissances parfaitement conna”tre Dieu, l'aimer, lui obŽir, lui plaire, se guŽrir de tous ses vices acquŽrir toutes les vertus, se rendre saint ainsi et compagnon de Dieu. Ces principes d'une superbe diabolique le conduisent ˆ d'autres erreurs, comme : que l'‰me est une portion de la substance divine, que la douleur et la mort ne sont pas des maux ; qu'on peut se tuer quand on est si persŽcutŽ qu'on doit croire que Dieu appelle ; et d'autres.  

 Ç Pour Montaigne, dont vous voulez aussi, Monsieur, que je vous parle, Žtant nŽ dans un ƒtat chrŽtien, il fait profession de la religion catholique, et en cela il n'a rien de particulier. Mais comme il a voulu chercher quelle morale la raison devrait dicter sans la lumire de la foi, il a pris ses principes dans cette supposition; et ainsi en considŽrant l'homme destituŽ de toute rŽvŽlation, il discourt en cette sorte. Il met toutes choses dans un doute universel et si gŽnŽral, que ce doute s'emporte soi-mme, c'est-ˆ-dire s'il doute, et doutant mme de cette dernire supposition, son incertitude roule sur elle-mme dans un cercle perpŽtuel et sans repos ; s'opposant Žgalement ˆ ceux qui assurent que tout est incertain et ˆ ceux qui assurent que tout ne l'est pas, parce qu'il ne veut rien assurer. C'est dans ce doute qui doute de soi et dans cette ignorance qui s'ignore, et qu'il appelle sa ma”tresse forme, qu'est l'essence de son opinion, qu'il n'a pu exprimer par aucun terme positif. Car, s'il dit qu'il doute, il se trahit en assurant au moins qu'il doute ; ce qui Žtant formellement contre son intention, il n'a pu s'expliquer que par interrogation ; de sorte que, ne voulant pas dire:  Ç Je ne sais È, il dit:  Ç Que sais- je? È dont il fait sa devise, en la mettant sous des balances qui, pesant les contradictoires se trouvent dans un parfait Žquilibre : c'est-ˆ-dire qu'il est pur pyrrhonien. Sur ce principe roulent tous ses discours et tous ses Essais ; et c'est la seule chose qu'il prŽtend bien Žtablir, quoiqu'il ne fasse pas toujours remarquer son intention. Il y dŽtruit insensiblement tout ce qui passe pour le plus certain parmi les hommes, non pas pour Žtablir le contraire avec une certitude de laquelle seule il est ennemi, mais pour faire voir seulement que, les apparences Žtant Žgales de part et d'autre, on ne sait o asseoir sa crŽance.  

Dans cet esprit il se moque de toutes les assurances : par exemple, il combat ceux qui ont pensŽ Žtablir dans la France un grand remde contre les procs par la multitude et par la prŽtendue justesse des lois : comme si l'on pouvait couper les racines des doutes d'o naissent les procs, et qu'il y ežt des digues qui pussent arrter le torrent de l'incertitude et captiver les conjectures! C'est lˆ que, quand il dit qu'il vaudrait autant soumettre sa cause au premier passant, qu'ˆ des juges armŽs de ce nombre d'ordonnances, il ne prŽtend pas qu'on doive changer l'ordre de l'ƒtat, il n'a pas tant d'ambition ; ni que son avis soit meilleur, il n'en croit aucun de bon. C'est seulement pour prouver la vanitŽ des opinions les plus reues, montrant que l'exclusion de toutes lois diminuerait plut™t le nombre des diffŽrends que cette multitude de lois qui ne sert qu'ˆ l'augmenter, parce que les difficultŽs croissent ˆ mesure qu'on les pse, que les obscuritŽs se multiplient par le commentaire, et que le plus sžr moyen pour entendre le sens d'un discours est de ne le pas examiner et de le prendre sur la premire apparence : si peu qu'on l'observe, toute la clartŽ se dissipe. Aussi il juge ˆ l'aventure de toutes les actions des hommes et des points d'histoire, tant™t d'une manire, tant™t d'une autre, suivant librement sa premire vue, et sans contraindre sa pensŽe sous les rgles de la raison, qui n'a que de fausses mesures, ravi de montrer par son exemple les contrariŽtŽs d'un mme esprit. Dans ce gŽnie tout libre, il lui est entirement Žgal de l'emporter ou non dans la dispute, ayant toujours, par l'un et l'autre exemple, un moyen de faire voir la faiblesse des opinions ; Žtant portŽ avec tant d'avantage dans ce doute universel, qu'il s'y fortifie Žgalement par son triomphe et par sa dŽfaite.  

 Ç C'est dans cette assiette, toute flottante et chancelante qu'elle est, qu'il combat avec une fermetŽ invincible les hŽrŽtiques de son temps, sur ce qu'ils s'assuraient de conna”tre seuls le vŽritable sens de l'ƒcriture et c'est de lˆ encore qu'il foudroie plus vigoureusement l'impiŽtŽ horrible de ceux qui osent assurer que Dieu n'est point. Il les entreprend particulirement dans l'Apologie de Raymond de Sebonde ; et les trouvant dŽpouillŽs volontairement de toute rŽvŽlation, et abandonnŽs ˆ leurs lumires naturelles, toute foi mise ˆ part, il les interroge de quelle autoritŽ ils entreprennent de juger de cet ætre souverain qui est infini par sa propre dŽfinition, eux qui ne connaissent vŽritablement aucunes choses de la nature ! Il leur demande sur quels principes ils s'appuient ; il les presse de les montrer. Il examine tous ceux qu'ils peuvent produire et y pŽntre si avant, par le talent o il excelle, qu'il montre la vanitŽ de tous ceux qui passent pour les plus naturels et les plus fermes. Il demande si l'‰me conna”t quelque chose ; si elle se conna”t elle-mme ; si elle est substance ou accident, corps ou esprit, ce que c'est que chacune de ces choses, et s'il n'y a rien qui ne soit de l'un de ces ordres, si elle conna”t son propre corps ; ce que c'est que matire ; si elle peut discerner entre l'innombrable variŽtŽ des corps, quand on en a produit ; comment elle peut raisonner, si elle est matŽrielle ; et comment peut-elle tre unie ˆ un corps particulier et en ressentir les passions, si elle est spirituelle ; quand a-t-elle commencŽ d'tre, avec le corps ou devant ; si elle finit avec lui ou non ; si elle ne se trompe jamais ; si elle sait quand elle erre, vu que l'essence de la mŽprise consiste ˆ ne le pas conna”tre ; si dans ces obscurcissements elle ne croit pas aussi fermement que deux et trois font six qu'elle sait ensuite que c'est cinq ; si les animaux raisonnent, pensent, parlent ; et qui peut dŽcider ce que c'est que le temps, ce que c'est que l'espace ou Žtendue, ce que c'est que le mouvement, ce que c'est que l'unitŽ, qui sont toutes choses qui nous environnent et entirement inexplicables ; ce que c'est que la santŽ, maladie, mort, bien, mal, justice, pŽchŽ dont nous parlons ˆ toute heure ; si nous avons en nous des principes du vrai et si ceux que nous croyons, et qu'on appelle axiomes ou notions communes, parce qu'elles sont communes dans tous les hommes, sont conformes ˆ la vŽritŽ essentielle, et puisque nous ne savons que par la seule foi qu'un ætre tout bon nous les a donnŽs vŽritables, en nous crŽant pour conna”tre la vŽritŽ qui saura sans cette lumire si, Žtant formŽs ˆ l'aventure, ils ne sont pas incertains, ou si, Žtant formŽs par un tre faux et mŽchant, il ne nous les a pas donnŽs faux afin de nous sŽduire, montrant par lˆ que Dieu et le vrai sont insŽparables, et que si l'un est ou n'est pas, s'il est incertain ou certain l'autre est nŽcessairement de mme. Qui sait donc si le sens commun, que nous prenons pour juge du vrai, en a l'tre de celui qui l'a crŽŽ ? De plus, qui sait ce que c'est que vŽritŽ, et comment peut-on s'assurer de l'avoir sans la conna”tre ? Qui sait mme ce que c'est qu'tre qu'il est impossible de dŽfinir, puisqu'il n'y a rien de plus gŽnŽral, et qu'il faudrait, pour l'expliquer, se servir d'abord de ce mot-lˆ mme, en disant : C'est, etc...? Et puisque nous ne savons ce que c'est qu'‰me, corps, temps, espace, mouvement, vŽritŽ, bien, ni mme tre, ni expliquer l'idŽe que nous nous en formons comment nous assurons-nous qu'elle est la mme dans tous les hommes, vu que nous n'en avons d'autre marque que l'uniformitŽ des consŽquences, qui n'est pas toujours un signe de celle des principes? car ils peuvent bien tre diffŽrents et conduire nŽanmoins aux mmes conclusions chacun sachant que le vrai se conclut souvent du faux.  

 Ç Enfin il examine si profondŽment les sciences, et la gŽomŽtrie, dont il montre l'incertitude dans les axiomes et dans les termes qu'elle ne dŽfinit point, comme d'Žtendue, de mouvement, etc., et la physique en bien plus de manires, et la mŽdecine en une infinitŽ de faons, et l'histoire, et la politique, et la morale, et la jurisprudence et le reste, de telle sorte qu'on demeure convaincu que nous ne pensons pas mieux ˆ prŽsent que dans quelque songe dont nous ne nous Žveillons qu'ˆ la mort, et pendant lequel nous avons aussi peu les principes du vrai que durant le sommeil naturel. C'est ainsi qu'il gourmande si fortement et si cruellement la raison dŽnuŽe de la foi, que lui faisant douter si elle est raisonnable, et si les animaux le sont ou non, ou plus ou moins, il la fait descendre de l'excellence qu'elle s'est attribuŽe, et la met par gr‰ce en parallle avec les btes, sans lui permettre de sortir de cet ordre jusqu'ˆ ce qu'elle soit instruite par son CrŽateur mme de son rang qu'elle ignore, la menaant si elle gronde de la mettre au-dessous de tout ce qui est aussi facile que le contraire ; et ne lui donnant pouvoir d'agir cependant que pour remarquer sa faiblesse avec une humilitŽ sincre, au lieu de s'Žlever par une sotte insolence.  

M. de Saci se croyant vivre dans un nouveau pays et entendre une nouvelle langue, il se disait en lui-mme les paroles de saint Augustin:  Ç ï Dieu de vŽritŽ! ceux qui savent ces subtilitŽs de raisonnement vous sont-ils pour cela plus agrŽables ? È Il plaignait ce philosophe qui se piquait et se dŽchirait de toutes parts des Žpines qu'il se formait, comme saint Augustin dit de lui-mme quand il Žtait en cet Žtat. Aprs donc une assez longue patience, il dit ˆ M. Pascal :  

Ç Je vous suis obligŽ, Monsieur : je suis sžr que si j'avais longtemps lu Montaigne, je ne le conna”trais pas autant que je fais depuis cet entretien que je viens d'avoir avec vous. Cet homme devrait souhaiter qu'on ne le connžt que par les rŽcits que vous faites de ses Žcrits; et il pourrait dire avec saint Augustin : Ibi me vide, attende. Je crois assurŽment que cet homme avait de l'esprit ; mais je ne sais si vous ne lui en prtez pas un peu plus qu'il n'en a, par cet encha”nement si juste que vous faites de ses principes. Vous pouvez juger qu'ayant passŽ ma vie comme j'ai fait, on m'a peu conseillŽ de lire cet auteur, dont tous les ouvrages n'ont rien de ce que nous devons principalement rechercher dans nos lectures, selon la rgle de saint Augustin, parce que ses paroles ne paraissent pas sortir d'un grand fonds d'humilitŽ et de piŽtŽ. On pardonnerait ˆ ces philosophes d'autrefois, qu'on nommait acadŽmiciens, de mettre tout dans le doute. Mais qu'avait besoin Montaigne de s'Žgayer l'esprit en renouvelant une doctrine qui passe maintenant aux ChrŽtiens pour une folie? C'est le jugement que saint Augustin fait de ces personnes. Car on peut dire aprs lui de Montaigne...  Ç Il met dans tout ce qu'il, dit la foi ˆ part, ainsi nous, qui avons la foi, devons de mme mettre ˆ part tout ce qu'il dit. È Je ne bl‰me point l'esprit de cet auteur, qui est un grand don de Dieu ; mais il pouvait s'en servir mieux, et en faire plut™t un sacrifice ˆ Dieu qu'au dŽmon. A quoi sert un bien, quand on en use si mal ? Quid proderat, etc.? dit de lui-mme ce saint docteur avant sa conversion. Vous tes heureux, monsieur, de vous tre ŽlevŽ au dessus de ces personnes qu'on appelle des docteurs plongŽs dans l'ivresse de la science, mais qui ont le cÏur vide de vŽritŽ. Dieu a rŽpandu dans votre cÏur d'autres douceurs et d'autres attraits que ceux que vous trouviez dans Montaigne. Il vous a rappelŽ de ce plaisir dangereux, a jucundidate pestifera, dit saint Augustin, qui rend gr‰ces ˆ Dieu de ce qu'il a pardonnŽ les pŽchŽs qu'il avait commis en gožtant trop la vanitŽ. Saint Augustin est d'autant plus croyable en cela, qu'il Žtait autrefois dans ces sentiments ; et comme vous dites de Montaigne que c'est par ce doute universel qu'il combat les hŽrŽtiques de son temps, ce fut aussi par ce mme doute des acadŽmiciens que saint Augustin quitta l'hŽrŽsie des ManichŽens. Depuis qu'il fut ˆ Dieu, il renona ˆ ces vanitŽs qu'il appelle sacrilge, et fit ce qu'il dit de quelques autres. Il reconnut avec quelle sagesse saint Paul nous avertit de nous pas laisser sŽduire par ces discours. Car il avoue qu'il y a en cela un certain agrŽment qui enlve : on croit quelquefois les choses vŽritables, seulement parce qu'on les dit Žloquemment. Ce sont des viandes dangereuses, dit-il, mais que l'on sert dans de beaux plats, mais ces viandes, au lieu de nourrir le cÏur, elles le vident. On ressemble alors ˆ des gens qui dorment, et qui croient manger en dormant:  ces viandes imaginaires les laissent aussi vides qu'ils Žtaient. È  

M. de Saci dit ˆ M. Pascal plusieurs choses semblables : sur quoi M. Pascal lui dit que s'il lui faisait compliment de bien possŽder Montaigne et de le savoir bien tourner il pouvait lui dire sans compliment qu'il possŽdait bien mieux saint Augustin, et qu'il le savait bien mieux tourner, quoique peu avantageusement pour le pauvre Montaigne. Il lui tŽmoigna tre extrmement ŽdifiŽ de la soliditŽ de tout ce qu'il venait de lui reprŽsenter; cependant, Žtant encore tout plein de son auteur, il ne put se retenir et lui dit:  

 Ç Je vous avoue, Monsieur, que je ne puis voir sans joie dans cet auteur la superbe raison si invinciblement froissŽe par ses propres armes, et cette rŽvolte si sanglante de l'homme contre l'homme, qui, de la sociŽtŽ avec Dieu, o il s'Žlevait par les maximes [de sa faible raison], le prŽcipite dans la nature des btes ; et j'aurais aimŽ de tout mon cÏur le ministre d'une si grande vengeance, si, Žtant disciple de l'ƒglise par la foi, il ežt suivi les rgles de la morale, en portant les hommes, qu'il avait si utilement humiliŽs, ˆ ne pas irriter par de nouveaux crimes celui qui peut seul les tirer des crimes qu'il les a convaincus de ne pouvoir pas seulement conna”tre.  

 Ç Mais il agit au contraire en pa•en de cette sorte. De ce principe, dit-il, que hors de la foi tout est dans l'incertitude, et considŽrant combien il y a que l'on cherche le vrai et le bien sans aucun progrs vers la tranquillitŽ, il conclut qu'on en doit laisser le soin aux autres, et demeurer cependant en repos, coulant lŽgrement sur les sujets de peur d'y enfoncer en appuyant ; et prendre le vrai et le bien sur la premire apparence, sans les presser, parce qu'ils sont si peu solides que, quelque peu qu'on serre la main, ils s'Žchappent entre les doigts et les laissent vides. C'est pourquoi il suit le rapport des sens et les notions communes, parce qu'il faudrait qu'il se f”t violence pour les dŽmentir, et qu'il ne sait s'il gagnerait, ignorant o est le vrai. Ainsi il fuit la douleur et la mort, parce que son instinct l'y pousse, et qu'il ne veut pas rŽsister par la mme raison, mais sans en conclure que ce soient de vŽritables maux, ne se fiant pas trop ˆ ces mouvements naturels de crainte, vu qu'on en sent d'autres de plaisir qu'on dit tre mauvais, quoique la nature parle au contraire. Ainsi, il n'a rien d'extravagant dans sa conduite, il agit comme les autres ; et tout ce qu'ils font dans la sotte pensŽe qu'ils suivent le vrai bien, il le fait par un autre principe, qui est que les vraisemblances Žtant pareilles d'un et d'autre c™tŽ l'exemple et la commoditŽ sont les contrepoids qui l'entra”nent.  

 Ç Il suit donc les mÏurs de son pays parce que la coutume l'emporte : il monte sur son cheval, comme un qui ne serait pas philosophe, parce qu'il le souffre mais sans croire que ce soit de droit, ne sachant pas si cet animal n'a pas au contraire celui de se servir de lui. Il se fait aussi quelque violence pour Žviter certains vices ; et mme il garde la fidŽlitŽ au mariage, ˆ cause de la peine qui suit les dŽsordres ; mais si celle qu'il prendrait surpasse celle qu'il Žvite, il y demeure en repos, la rgle de son action Žtant en tout la commoditŽ et la tranquillitŽ. Il rejette donc bien loin cette vertu sto•que qu'on peint avec une mine sŽvre, un regard farouche, des cheveux hŽrissŽs, le front ridŽ et en sueur, dans une posture pŽnible et tendue, loin des hommes, dans un morne silence, et seul sur la pointe d'un rocher : fant™me, ˆ ce qu'il dit, capable d'effrayer les enfants, et qui ne fait lˆ autre chose, avec un travail continuel, que de chercher le repos, o elle n'arrive jamais. La sienne est na•ve, familire, plaisante, enjouŽe, et pour ainsi dire fol‰tre ; elle suit ce qui la charme, et badine nŽgligemment des accidents bons ou mauvais, couchŽe mollement dans le sein de l'oisivetŽ tranquille d'o elle montre aux hommes qui cherchent la fŽlicitŽ avec tant de peine, que c'est lˆ seulement o elle repose, et que l'ignorance et l'incuriositŽ sont deux doux oreillers pour une tte bien faite, comme il dit lui-mme.  

 Ç Je ne puis pas vous dissimuler, Monsieur, qu'en lisant cet auteur et le comparant avec ƒpictte, j'ai trouvŽ qu'ils Žtaient assurŽment les deux plus grands dŽfenseurs des deux plus cŽlbres sectes du monde, et les seules conformes ˆ la raison, puisqu'on ne peut suivre qu'une de ces deux routes, savoir : ou qu'il y a un Dieu, et lors il y place son souverain bien, ou qu'il est incertain, et qu'alors le vrai bien l'est aussi, puis qu'il en est incapable.  

 Ç J'ai pris un plaisir extrme ˆ remarquer dans ces divers raisonnements en quoi les uns et les autres sont arrivŽs ˆ quelque conformitŽ avec la sagesse vŽritable qu'ils ont essayŽ de conna”tre. Car, s'il est agrŽable d'observer dans la nature le dŽsir qu'elle a de peindre Dieu dans tous ses ouvrages, o l'on en voit quelque caractre parce qu'ils en sont les images, combien est-il plus juste de considŽrer dans les productions des esprits les efforts qu'ils font pour imiter la vertu essentielle, mme en la fuyant, et de remarquer en quoi ils y arrivent et en quoi ils s'en Žgarent, comme j'ai t‰chŽ de faire dans cette Žtude !  

 Ç Il est vrai, Monsieur, que vous venez de me faire voir admirablement le peu d'utilitŽ que les ChrŽtiens peuvent retirer de ces Žtudes philosophiques. Je ne laisserai pas, nŽanmoins, avec votre permission, de vous dire encore ma pensŽe, prt nŽanmoins de renoncer ˆ toutes les lumires qui ne viendront point de vous : en quoi j'aurai l'avantage, ou d'avoir rencontre la vŽritŽ par bonheur, ou de la recevoir de vous avec assurance. Il me semble que la source des erreurs de ces deux sectes est de n'avoir pas su que l'Žtat de l'homme ˆ prŽsent diffre de celui de sa crŽation, de sorte que l'un remarquant quelques traces de sa premire grandeur, et ignorant sa corruption, a traitŽ la nature comme saine et sans besoin de rŽparateur, ce qui le mne au comble de la superbe ; au lieu que l'autre, Žprouvant la misre prŽsente et ignorant la premire dignitŽ, traite la nature comme nŽcessairement infirme et irrŽparable, ce qui le prŽcipite dans le dŽsespoir d'arriver ˆ un vŽritable bien, et de lˆ dans une extrme l‰chetŽ. Ainsi ces deux Žtats qu'il fallait conna”tre ensemble pour voir toute la vŽritŽ, Žtant connus sŽparŽment, conduisent nŽcessairement ˆ l'un de ces deux vices, d'orgueil et de paresse, o sont infailliblement tous les hommes avant la gr‰ce puisque s'ils ne demeurent dans leurs dŽsordres par l‰chetŽ, ils en sortent par vanitŽ, tant il est vrai ce que vous venez de me dire de saint Augustin, et que je trouve d'une grande Žtendue. Car en effet on leur rend hommage en bien des manires.  

 Ç C'est donc de ces lumires imparfaites qu'il arrive que l'un, connaissant les devoirs de l'homme et ignorant son impuissance, se perd dans la prŽsomption, et que l'autre, connaissant l'impuissance et non le devoir, il s'abat dans la l‰chetŽ ; d'o il semble que, puisque l'un conduit ˆ la vŽritŽ, l'autre ˆ l erreur, l'on formerait en les alliant une morale parfaite. Mais, au lieu de cette paix, il ne rŽsulterait de leur assemblage qu'une guerre et qu'une destruction gŽnŽrale : car l'un Žtablissant la certitude, l'autre le doute, l'un la grandeur de l'homme, l'autre sa faiblesse, ils ruinent la vŽritŽ aussi bien que les faussetŽs l'un de l'autre. De sorte qu'ils ne peuvent subsister seuls ˆ cause de leurs dŽfauts, ni s'unir ˆ cause de leurs oppositions et qu'ainsi ils se brisent et s'anŽantissent pour faire place ˆ la vŽritŽ de l'ƒvangile. C'est elle qui accorde les contrariŽtŽs par un art tout divin, et, unissant tout ce qui est de vrai et chassant tout ce qui est de faux elle en fait une sagesse vŽritablement cŽleste o s'accordent ces opposŽs qui Žtaient incompatibles dans ces doctrines humaines. Et la raison en est que ces sages du monde placent les contraires dans un mme sujet ; car l'un attribuait la grandeur ˆ la nature et l'autre la faiblesse ˆ cette mme nature, ce qui ne pouvait subsister ; au lieu que la foi nous apprend ˆ les mettre en des sujets diffŽrents : tout ce qu'il y a d'infirme appartenant ˆ la nature, tout ce qu'il y a de puissant appartenant ˆ la gr‰ce. Voilˆ l'union Žtonnante et nouvelle que Dieu seul pouvait enseigner, et que lui seul pouvait faire, et qui n'est qu'une image et qu'un effet de l'union ineffable de deux natures dans la seule personne d'un Homme-Dieu.  

 Ç Je vous demande pardon, Monsieur, dit M. Pascal ˆ M. de Saci, de m'emporter ainsi devant vous dans la thŽologie, au lieu de demeurer dans la philosophie qui Žtait seule mon sujet ; mais il m'y a conduit insensiblement; et il est difficile de n'y pas entrer, quelque vŽritŽ qu'on traite, parce qu'elle est le centre de toutes les vŽritŽs ; ce qui para”t ici parfaitement, puisqu'elle enferme si visiblement toutes celles qui se trouvent dans ces opinions. Aussi je ne vois pas comment aucun d'eux pourrait refuser de la suivre. Car s'ils sont pleins de la pensŽe de la grandeur de l'homme qu'ont-ils imaginŽ qui ne cde aux promesses de l'ƒvangile, qui ne sont autre chose que le digne prix de la mort d'un Dieu ? Et s'ils se plaisaient ˆ voir l'infirmitŽ de la nature leurs idŽes n'Žgalent plus celles de la vŽritable faiblesse du pŽchŽ, dont la mme mort a ŽtŽ le remde. Ainsi tous y trouvent plus qu'ils n'ont dŽsirŽ et ce qui est admirable, ils s'y trouvent unis, eux qui ne pouvaient s'allier dans un degrŽ infiniment infŽrieur. È  

M. de Saci ne put s'empcher de tŽmoigner ˆ M. Pascal qu'il Žtait surpris comment il savait tourner les choses, mais il avoua en mme temps que tout le monde n'avait pas le secret comme lui de faire des lectures des rŽflexions si sages et si ŽlevŽes. Il lui dit qu'il ressemblait ˆ ces mŽdecins habiles qui, par la manire adroite de prŽparer les plus grands poisons, en savent tirer les plus grands remdes. Il ajouta que, quoiqu'il v”t bien, parce qu'il venait de lui dire, que ces lectures lui Žtaient utiles, il ne pouvait pas croire nŽanmoins qu'elles fussent avantageuses ˆ beaucoup de gens dont l'esprit se tra”nerait un peu, et n'aurait pas assez d'ŽlŽvation pour lire ces auteurs et en juger, et savoir tirer les perles du milieu du fumier aurum ex stercore, disait un Pre. Ce qu'on pouvait bien plus dire de ces philosophes, dont le fumier, par sa noire fumŽe, pouvait obscurcir la foi chancelante de ceux qui les lisent. C'est pourquoi il conseillerait toujours ˆ ces personnes de ne pas s'exposer lŽgrement ˆ ces lectures, de peur de se perdre avec ces philosophes et de devenir l'objet des dŽmons et la p‰ture des vers, selon le langage de l'ƒcriture, comme ces philosophes. l'ont ŽtŽ.  

 Ç Pour l'utilitŽ de ces lectures, dit M. Pascal, je vous dirai fort simplement ma pensŽe. Je trouve dans ƒpictte un art incomparable pour troubler le repos de ceux qui le cherchent dans les choses extŽrieures et pour les forcer ˆ reconna”tre qu'ils sont de vŽritables esclaves et de misŽrables aveugles ; qu'il est impossible qu'ils trouvent autre chose que l'erreur et la douleur qu'ils fuient, s'ils ne se donnent sans rŽserve ˆ Dieu seul. Montaigne est incomparable pour confondre l'orgueil de ceux qui, hors la foi, se piquent d'une vŽritable justice ; pour dŽsabuser ceux qui s'attachent ˆ leurs opinions, et qui croient trouver dans les sciences des vŽritŽs inŽbranlables ; et pour convaincre si bien la raison de son peu de lumire et de ses Žgarements, qu'il est difficile, quand on fait un bon usage de ses principes, d'tre tentŽ de trouver des rŽpugnances dans les mystres : car l'esprit en est si battu, qu'il est bien ŽloignŽ de vouloir juger si l'incarnation ou le mystre de l'Eucharistie sont possibles ; ce que les hommes du commun n'agitent que trop souvent.  

 Ç Mais si ƒpictte combat la paresse, il mne ˆ l'orgueil, de sorte qu'il peut tre trs nuisible ˆ ceux qui ne sont pas persuadŽs de la corruption de la plus par faite justice qui n'est pas de la foi. Et Montaigne est absolument pernicieux ˆ ceux qui ont quelque pente ˆ l'impiŽtŽ et aux vices. C'est pourquoi ces lectures doivent tre rŽglŽes avec beaucoup de soin, de discrŽtion et d'Žgard ˆ la condition et aux mÏurs de ceux ˆ qui on les conseille. Il me semble seulement qu'en les joignant ensemble elles ne pourraient rŽussir fort mal, parce que l'une s'oppose au mal de l'autre: non qu'elles puissent donner la vertu, mais seulement troubler dans les vices : l'‰me se trouvant combattue par ces contraires, dont l'un chasse l'orgueil et l'autre la paresse, et ne pouvant reposer dans aucun de ces vices par ses raisonnements ni aussi les fuir tous. È  

Ce fut ainsi que ces deux personnes d'un si bel esprit s'accordrent enfin au sujet de la lecture de ces philosophes, et se rencontrrent au mme terme, o ils arrivrent nŽanmoins d'une manire un peu diffŽrente : M. de Saci y Žtant arrivŽ tout d'un coup par la claire vue du Christianisme, et M. Pascal n'y Žtant arrivŽ qu'aprs beaucoup de dŽtours en s'attachant aux principes de ces philosophes.

 Lorsque M. de Saci et tout Port-Royal-des-Champs Žtaient ainsi tout occupŽs de la joie que causait la conversion et la vue de M. Pascal et qu'on y admirait la force toute-puissante de la gr‰ce qui, par une misŽricorde dont il y a peu d'exemples, avait si profondŽment abaissŽ cet esprit si ŽlevŽ de lui- mme, etc.