Bossuet, Avertissement aux protestants.

De cette sorte on voit clairement que ce qui rend cette Église [catholique] si odieuse aux protestants, c'est principalement, et plus que tous les autres dogmes, sa sainte et inflexible incompatibilité, si on peut parler de cette sorte ; c'est qu'elle veut źtre seule, parce qu'elle se croit l'épouse : titre qui ne souffre point de partage ; c'est qu'elle ne peut souffrir qu'on révoque en doute aucun de ses dogmes, parce qu'elle croit aux promesses et ą l'assistance perpétuelle du Saint Esprit. Car c'est en effet ce qui la rend si sévŹre, si insociable, si odieuse ą toutes les sectes séparées, qui la plupart au commencement ne demandaient autre chose, sinon quelle voulět bien les tolérer, ou du moins ne les pas frapper de ses anathŹmes. Mais sa sainte sévérité et la sainte délicatesse de ses sentiments ne lui permettaient pas cette indulgence, ou plutôt cette mollesse ; et son inflexibilité qui la fait haēr par les sectes schismatiques, la rend chŹre et vénérable aux enfants de Dieu, puisque c'est par lą qu'elle les affermit dans une foi qui ne change pas, et qu'elle leur donne l'assurance de dire en tout temps comme en tout lieu : Je crois l'Église catholique : parole qui ne veut pas dire seulement, je crois qu'il y a une Église catholique et une société oĚ tous les enfants de Dieu sont recueillis ; mais encore et expressément, je crois qu'il y a une Église catholique et une société unique, universelle, indivisible, oĚ la vérité de J.C qui est la vie et la nourriture des chrétiens est toujours immuablement enseignée, ce qui emporte non seulement, je crois quelle est, mais encore, je crois sa doctrine, sans laquelle elle ne serait pas et perdrait le nom d'Église catholique.