BOSSUET

Politique tirée des propres paroles de l'Écriture sainte




 

LIVRE II. DE L’AUTORITÉ ; QUE LA ROYALE ET L’HÉRÉDITAIRE EST LA PLUS PROPRE AU GOUVERNEMENT.

 

Article 1er . Par qui l’autorité a été exercée dès l’origine du monde.

 

1ère proposition. Dieu est le vrai roi.

[…]

L’empire de Dieu est éternel ; et de là vient qu’il est appelé : le roi des siècles. […]

Cet empire absolu de Dieu a pour premier titre, et pour fondement la création. Il a tout tiré du néant, et c’est pourquoi tout est en sa main. Le Seigneur dit à Jérémie : « Va en la maison d’un potier : là tu entendras mes paroles. Et j’allai en la maison d’un potier, et il travaillait avec sa roue, et il rompit un pot qu’il venait de faire de boue, et de la même terre il en fit un autre ; et le Seigneur me dit : Ne puis-je pas faire comme ce potier ? comme cette terre molle est en la main du potier, ainsi vous êtes en ma main dit le Seigneur. »

 

2ème proposition. Dieu a exercé visiblement par lui-même l’empire, et l’autorité sur les hommes.

Ainsi en a-t-il usé au commencement du monde. Il était en ce temps le seul roi des hommes, et les gouvernait visiblement.

Il donna à Adam le précepte qu’il lui plût, et lui déclara sur quelle peine il l’obligeait à le pratiquer. Il le bannit ; il lui dénonça qu’il avait encouru la peine de mort. […]

Il exerce publiquement l’empire souverain sur son peuple dans le désert. Il est leur roi, leur législateur, leur conducteur. Il donne visiblement le signal pour camper et décamper, et les ordres tant de la guerre que de la paix.

 

 

3ème proposition. Le premier empire parmi les hommes est l’empire paternel.

[…]

Dieu ayant mis dans nos parents comme étant en quelque façon les auteurs de notre vie, une image de la puissance par laquelle il a tout fait ; il leur a aussi transmis une image de la puissance qu’il a sur ses œuvres. C’est pourquoi nous voyons dans le Décalogue, qu’apèrs avoir dit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et ne serviras que lui. Il ajoute aussitôt : Honore ton père et ta mère, afin que tu vives longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera. Ce précepte est comme une suite de l’obéissance qu’il faut rendre à Dieu, qui est le vrai père.

De là nous pouvons juger que la première idée de commandement et d’autorité humaine est venue aux hommes de l’autorité paternelle.

 

 

7ème proposition. La monarchie est la forme de gouvernement la plus commune, la plus ancienne, et aussi la plus naturelle.

[…]

Tout le monde donc commence par des monarchies ; et presque tout le monde s’y est conservé comme dans l’état le plus nature.

Aussi avons-nous vu qu’il a son fondement et son modèle dans l’empire paternel, c’est-à-dire, dans la nature même.

Les hommes naissent tous sujets : et l’empire paternel qui les accoutume à obéir, les accoutume en même temps à n’avoir qu’un chef.

 

 

LIVRE III ; OÙ L’ON COMMENCE À EXPLIQUER LA NATURE ET LES PROPRIÉTÉS DE L’AUTORITÉ ROYALE.

 

Article 1er. On en remarque les caractères essentiels.

 

Unique proposition. Il y a quatre caractères, ou qualités essentielles à l’autorité royale.

Premièrement l’autroité royale est sacrée

Secondement elle est paternelle

Troisièmement elle est absolue

Quatrièmement elle est soumise à la raison.

 

LIVRE IV. SUITE DES CARACTÈRES DE LA ROYAUTÉ.

 

Article 1er. L’autorité royale est absolue.

Pour rendre ce terme odieux et insupportable, plusieurs affectent de confondre le gouvernement absolu, et le gouvernement arbitraire. Mais il n’y a rien de plus distingue, ainsi que nous le ferons voir lorsque nous parlerons de la justice.

 

1ère proposition. Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu’il ordonne.

[…]

Sans cette autorité absolue, il ne peut ni faire le bien ni réprimer le mal : il faut que sa puissance soit telle que personne ne puisse espérer de lui échapper : et enfin la seule défense des particuliers contre la puissance publique, doit être leur innoncence.

 

2ème proposition. Quand le prince a jugé, il n’y a point d’autre jugement.

Les jugements souverains sont attribués à Dieu même. […]

Il faut donc obéir aux princes comme à la justice même, sans quoi il n’y a point d’ordre, ni de fin dans les affaires.

Ils sont des dieux et participent en quelque façon à l’indépendance divine. J’ai dit vous êtes des dieux, et vous êtes tous enfants du très haut. […]

 

3ème proposition. Il n’y a point de force coactive contre le prince.

On appelle force coactive, une puissance pour contraindre à exécuter ce qui est ordonné légitimement. Au prince seul appartient le commandement légitime ; à lui seul appartient aussi la force coactive. […]

Qui se fait un prince souverain, lui met en main tout ensemlbe, et l’autorité souveraine de juger, et toutes les forces de l’État. Notre roi nous jugera, et il marchera devant nous, et il conduira nos guerres.  Notre roi nous jugera, et il marchera devant nous, et il conduira nos guerres. C’est ce que dit le peuple juif quand il demande un roi. Samuel leur décalre sur ce fondemant que la puissance de leur prince sera absolue sans pouvoir être restreinte par aucune autre puissance. « Voici le droit du roi qui règnera sur vous, dit le Seigneur : il prendra vos enfants et les mettra à son service, il se saisira de vos terres, et de ce que vous aurez de meileur, pour le donner à ses servigteurs et le reste. »

Est-ce qu’ils auront droit de faire tout cela licitement ? à Dieu ne plaise. Car Dieu ne donne point de tels pouvoirs : mais ils auront droit de le faire impunément à l’égard de la justice humaine.

 

4ème proposition. Les rois ne sont pas pour cela affranchis des lois.

[…] Les rois sont donc soumis comme les autres à l’équité des lois, et parce qu’ils doivent être justes, et parce qu’ils doivent au peuple l’exemple de garder la justcie ; mais ils ne sont pas soumis aux peines des lois.

 

5ème proposition. Le peuple doit se tenir en repos sous l’autorité du prince.

Aussitôt qu’il y a un roi, le peuple n’a plus qu’à demeurer en repos sous son autorité.